Critiques et reviews, Musique

Musiques hivernales

Salutations lecteur ! Toutes mes excuses pour le retard qu’a pris cet article, j’ai eu beaucoup à faire en dehors de l’activité de ce blog mais j’ai quand même réussi à garder un peu de temps de côté pour me pencher sur l’actualité musicale de janvier et février. Car si l’année n’a pas très bien commencé au vu de l’actualité géopolitique, côté culture il y a eu de quoi être content. C’est parti pour un décryptage des titres et albums qui ont fait ce début d’année !

Les titres du mois

Marina and the Diamonds – I’m A Ruin

Après avoir dévoilé les singles Froot et Happy , Marina a sorti I’m A Ruin, l’une des chansons de son album Froot à paraitre en avril (mais qui a leaké au début du mois). Un titre lent et triste, similaire à ses singles précédents, à part à Froot, plus joyeux et groovy. Tout cela laisse donc penser que le 3ème album de Marina and the Diamonds sera majoritairement composé de chansons douces et personnelles, non comme son album précédent, Electra Heart, qui faisait plutôt dans la pop commerciale. Personnellement je me hâte d’écouter Froot, et j’espère écouter un disque travaillé et frissonnant. Ci-dessous la vidéo, très esthétique.

Hot Chip – Hurrache Lights

L’une des grandes nouvelles du mois c’est la sortie d’un nouvel album des anglais de Hot Chip, prévu pour mai. En attendant le successeur de In Our Heads, paru en 2012, on savoure Hurrache Lights, un titre purement électronique et très Hot Chip, le côté pop en moins. Et on prend plaisir à réentendre la voix d’Alexis Taylor.

Set&Match – Quoi de Neuf ?

Bunk, Faktiss et Jiddy Vybzz, les trois montpelliérains du groupe de rap Set&Match, ont dévoilé le 2ème single de leur 1er album Cosy Bang Bang, prévu pour ce printemps. Après l’explosif Kush produit par Richie Beats, et dont les paroles personnifiaient le cannabis, Quoi de Neuf ? est un titre beaucoup plus calme, qui s’écoute sans prise de tête, et qui fera donc partie du côté « cosy » de leur album. Des titres du même genre, Set&Match en ont déjà sorti sur leur EP Tudo Bem, comme Dans 10 Ans, Real Talk ou le fameux Sunset. C’est cool, ça s’écoute le dimanche matin au soleil : c’est exactement le genre de son dont on a besoin en hiver. Quoi de Neuf ? sort donc au parfait moment. Quand au clip, il est à l’image du titre : simple et efficace, à part à la fin. A vous de juger, ci dessous.

Hindi Zahra – Any Story

Alors qu’on la croyait disparue, la chanteuse franco-marocaine Hindi Zahra a annoncé un 2ème album, une tournée et surtout publié une nouvelle chanson, Any Story. Alors que son album Handmade, sorti en 2010, était sympathique, coloré et invitait au voyage, Any Story est un titre simple, sobre, voire mou, où le chant froid d’Hindi Zahra est accompagné par du piano. Pas mauvais mais assez décevant.

A écouter également : Drive Me Crazy, le titre électro-rap nocturne de Kaytranada feat. Vic Mensa. The Blacker The Berry, le nouveau single frappant de l’énervé Kendrick Lamar, qui revient en force.

Les albums du mois

Hanni El Khatib – Moonlight
Depuis son 1er album en 2011, le californien Hanni El Khatib a fait de son rock lourd, basique et travaillé sa marque de fabrique. Ça n’a également pas loupé en 2013 quand, accompagné de la moitié des Black Keys, Dan Auerbach, il a sorti un 2ème LP cool mais sans prise de risques.

Le revoilà donc avec Moonlight, qui, comme ses albums précédents, est assez court et comporte 11 tracks. Comme d’habitude, on y retrouve autant de ballades rock simples et personnelles (Moonlight, Chasin, Worship Song, Two Brothers) que de chansons à la sauce rock crade aux guitares qui retentissent (The Teeth, Melt Me, All Black), mais également des titres faisant le pont entre ces deux ambiances (Servant, Dance Hall, Home).

Dans l’ensemble, Moonlight est un disque uniforme qui s’écoute en continu, mais qui n’est pas assez excitant et qui manque d’émotion.  Note : 3/5. Du rock classe et élégant comme on en fait peu, certes, mais un peu trop en continuité avec ses deux 1ers albums. Mais malgré tout cela, ça reste un disque bien réalisé et bien écrit.

Joey Bada$$ – B4.Da.$$

Depuis quelques années, de nombreux rappeurs et rappeuses ont fait leur apparition sur internet à coups de mixtapes gratuites et de ribambelles de clips homemade. Joey Bada$$ fait partie de ceux-là depuis 2010, en se faisant connaître au sein du crew Pro Era (formé avec CJ Fly, Powers Pleasent et le défunt Capital Steez) puis en publiant trois mixtapes remarquées : 1999, Rejex et Summer Knights.

Janvier 2015, et à 20 ans seulement, il sort donc B4.Da.$$ (comprennez Before the money) qui même si sorti en 2015 sonne très 90’s. Un 1er disque à la durée longue, et aux featurings diversifiés, plus ou moins cohérents (entre BJ Chicago the Kid, Action Bronson, Raury et Kiesza, en j’en passe).

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Joey rend hommage à sa ville d’origine, New York, notamment sur la pochette (une photo noir et blanc qui le montre de dos en train de marcher, avec en arrière plan les gratte-ciel new-yorkais), et avec au programme des titres rap très old school contenant un certain nombre de samples. Ses textes sont très sensés et/ou très référencés, notamment dans Save The Children, ou sa phrase « These niggas don’t beez in the trap, they like bees in the track » fait penser au fameux Beez In The Trap de Nicki Minaj, ou dans Paper Trail$, produit par DJ Premier, il parle de la mauvaise influence de l’argent sur le monde en clamant, dans le refrain « Before the money there was love ». Dans Piece Of Mind, la conversation téléphonique qui sert d’introduction fait rappeler Good Kid M.a.a.d City de Kendrick Lamar, album bourré de conversations téléphoniques. Il parle également politique dans Like Me, de sa vie à Brooklyn et de ses références musicales dans Belly Of a Beast, ou il évoque les gangs Crips and Bloods, notamment en disant  « I  swear all my life I been around crips and bloods » une phrase qui fait penser au titre Terrorist Threats de Ab-Soul, dans lequel il dit « All my life I done been around Crips and Bloods ». Toujours dans Belly Of a Beast, il fait un clin d’œil à Notorius B.I.G en rappant ceci : « It’s the Brooklyn sound (…) Biggie would be proud about ». Autre référence encore dans le singleNo.99, ou il évoque The Blueprint de Jay-Z (« I got the blueprint to this shit, Jay to the Oh Vee »).

Mais il ne réfère pas qu’aux grands rappeurs, puisque que sa phrase « Got dragon balls, like my name is Vegeta », entendue dans Christ Conscious, se rapporte bien évidemment au manga culte Dragon Ball Z. Il parle également de Michael Jackson un peu plus tard dans dans le même titre.

Le titre bonus Teach Me en featuring avec la chanteuse Kiesza (dont le titre Hideaway passait en boucle sur les radios et chaines de TV l’été dernier, souviens-toi) se démarque car il est plus joyeux et décontracté que le reste du disque, et permet donc de finir sur une note positive.

Joey a une très bonne maîtrise de son flow, qu’il sait adapter à ses textes et instrumentaux afin de débiter sa vie à vitesse variable. Entre le rap un peu daté et la musique d’ambiance, le tempo ralentit au fil de l’album. A certains moments, le rap façon 90’s s’échappe pour faire place à ses productions plus modernes, mélancoliques, au rythme jazz et à base de piano, comme par exemple sur Hazeus View.

En conclusion, Joey Bada$$ a su exprimer son talent et mettre le cœur à l’ouvrage dans ce 1er album de qualité qui est une valeur sûre. Note : 4/5.

Rone – Creatures

L’une des sorties éléctro françaises de ce début d’année est bien sûr le nouveau Rone, Creatures, qui succède au très bon Tohu Bohu (par la suite réédité sous le nom de Tohu Bonus).

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A l’écoute, dès les premières secondes de l’intro (OO), on est très vite immergé dans un univers spatial, très bien illustré par la pochette, et l’on se sent comme avançant dans un couloir sombre et mystérieux, submergé d’émotions, détendu par la musique ingénieuse de Rone. Le chant, notamment celui d’Etienne Daho sur Mortelle, apporte une touche de nostalgie et de froideur à notre voyage auditif. La nostalgie, on la retrouve également dans Memory (d’où le nom). Une autre voix, celle de François Marry (sans ses Atlas Mountains), accompagne le rythme lent et similaire à un battement du cœur de Quitter La Ville, qui sonne comme un appel destiné à un inconnu. Lors de cette longue balade auditive, on croise également de la musique japonisante dans le mystérieux Calice Texas, dans lequel on peut entendre des gloussements de bébé, mais également le violon de Gaspard Claus dans le symphonique Freaks, au rythme très saccadé, qui raisonne dans les oreilles. Creatures est un album innovant, créatif, qui s’écoute d’une traite et qui détend son auditeur. Le ciel étoilé de la pochette représente parfaitement le concept de ce nouveau disque, dans lequel la musique de Rone pourrait représenter le ciel, et les artistes ayant collaboré les étoiles.

Note : 3,5/5. Un genre de son qu’on n’entend pas souvent, et qui pourrait parfaitement faire office de bande originale pour un film.

Björk – Vulnicura

Initialement prévu pour mars, le 8ème album de Bjork est sorti en janvier après avoir été leaké. Ayant pour thème dominant sa rupture avec Matthew Barney, Vulnicura est un album dramatique, composé de neuf chansons d’assez longue durée.

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Chacune des chansons sont plus ou moins lentes, et donc de durée variée (de trois à dix minutes) côté instruments on retrouve entre autres du violon. Ici, Bjork en a fini avec la musique électronique que l’on a pu déguster auparavant dans ses précédents LPs. Dans Stonemilker et Lionsong, qui ouvrent le disque, la musique éclipse le chant, peu présent, à l’inverse du titre suivant, History Of Touches, très touchant et mélodieux. Le titre le plus long, Black Lake, est également le plus lent : la progression se fait au fur et à mesure, la voix de Bjork s’élève peu à peu, la musique est de plus en plus imposante puis le rythme retombe, comme un retour au départ.

Un peu de changement avec Notget, dont la musique au rythme découpé fait penser à de la musique traditionnelle asiatique. Les paroles de ce titre sont également très explicites, puisqu’elle y évoque clairement son amour perdu durant tout le titre, notamment lorsqu’elle dit « I will not forget / This notget / Will you not regret / Having love let go ». Les paroles d’Atom Dance sont elles aussi dans le même genre intéressantes, puisqu’elle chante à un moment « Enter the pain and dance with me », mais aussi « Most of hearts fear their own home ». A la fin de la chanson, sa voix et celle de Anthony Hegarty s’unissent et chantent à la fin du titre « The atoms are dancing (…), the atoms are laughing at last », une métaphore pour dire qu’au final, Bjork se remettra de sa séparation. Le titre qui clôt l’album, Quicksand, sonne comme une interprétation sonore du sable glissant des mains. Par ailleurs, Bjork l’a écrit en 2011 pour sa mère malade.

Au final, on retiendra que c’est un disque poétique et apaisant, qui pourrait même servir de base pour l’écriture d’une pièce de théâtre dramatique. Vulnicura est comme un pansement musical et lyrique qui a sûrement permis à Bjork de soigner son chagrin.

Note : 4/5. C’est beau, ça ressemble même un peu à son album Vespertine, mais ça manque quand même d’innovation.

A écouter également : Curiocity, le 3ème album de Charlie Winston, qui change des précédents car teinté d’une touche électro non déplaisante, et If You’re Reading This It’s Too Late, le 4ème album de Drake, très bon, sorti « à la Beyoncé » (sans promo ni annonce).

C’est là-dessus que l’on se quitte ! Comme d’habitude, les titres évoqués dans cet article et plus encore sont à retrouver dans la playlist Spotify Winter 2015 ci-dessous. Bonne écoute et à bientôt !

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