Ecrans, Films, Musique, Séries

Bilan 2014 : les images et les sons qui ont fait l’année

Voilà, il est temps de plier bagages et d’entrer dans la dimension 2015. Autant dire que celle de 2014 est passée comme un éclair. En art, il y a été question de caribous, de plug anal et d’enfants hyperactifs. Oui je sais, dit comme ça ça fait tout de suite un peu peur. Mais je vous rassure : dans cet article, il s’agira de faire le bilan cinéma, séries et musique de l’année, histoire de savoir ce qu’on l’on retiendra des images et des sons que nous a envoyé 2014, interlude de toutes les couleurs.

Les 10 des films de l’année
(tous les classements de cet article sont tout à fait personnels et n’engagent que mon propre avis)

             En terme de cinéma, 2014 fut une année en crescendo selon moi : en effet la première moitié laissa percevoir quelques petits bijoux mais c’est réellement en sa fin que 2014 aura réservé ses plus beaux mouvements de caméra. S’il se trouve que vous êtes passés complètement à côté de ses perles, voici, très humblement, mes dix films préférés sortis durant ces douze mois.

1. Under the skin de Jonathna Glazer

           D’un point de vue personnel, le film que l’on met en première position dans le résumé d’une année, et souvent plus que seulement notre meilleur film de l’année, c’est une oeuvre qui nous a enivré, impressionné, transcendé dès ses premières images. Ce chanceux long-métrage restera celui que l’on retiendra par dessus tout et, pour sûr, celui qui nous marquera le plus longtemps. Under the skin est de ces films, et même plus, c’est le genre d’oeuvre qui mériterait de devenir culte dans les prochaines années. Et pour cause : essai graphique, pamphlet féministe, étude sociologique, récit imaginaire, portrait d’une icône sexuelle… tout y est. L’errance physique et psychologique d’une image à recomposer. Rares sont les films qui gardent leur mystère aussi entier. Under the skin n’est pas seulement LE film de l’année, c’est une oeuvre d’art. > article complet + bande-annonce

2. Tom à la ferme de Xavier Dolan

          Bien avant l’engouement médiatique pour son dernier film Mommy, en octobre dernier, le déjà dit « prodige » Xavier Dolan, réalisateur québécois de vingt-qautre ans, sortait dans la plus grande discrétion, son quatrième long-métrage : Tom à la ferme. A la surprise générale, Dolan se détache ici de ses couleurs pastels et de sa bande-son pop pour revisiter un genre où tout a déjà été fait : le film noir. De ce contraste flagrant, de cette entrée violente dans l’âge adulte, le réalisateur tire son long-métrage le plus abouti. Film âpre, angoissant et plus que tout, beau, Dolan y révèle des hantises et des douleurs jusque-là insoupçonnées. Magistral. > article complet + bande-annonce

3. Twelve years a slave de Steve McQueen (II)

              Après Hunger et Shame, le plasticien londonien Steve McQueen (II) continue d’explorer ses visions d’êtres humains en perdition et de chairs en lambeaux dans Twelve years a slave, adapté de l’autobiographie de Solomon Northup, esclave durant douze ans, dans le sud poisseux des Etats-Unis du XIXème siècle. Un sujet de taille dont McQueen s’émancipe pour mieux y intégrer son audace visuelle et narrative. On en ressort dérangé, épuisé mais marqué à jamais, et ça, c’est après tout la preuve d’un grand film. > article complet + bande-annonce

4. Respire de Mélanie Laurent

          Plus reconnue comme actrice, Mélanie Laurent livre ici son second film en tant que réalisatrice, après Les Adoptés, faible mélodrame. Décrit comme un énième drame réaliste français, Respire est d’abord un film dont on n’attend rien en particulier. L’histoire d’une amitié toxique entre deux lycéennes qui aura, on le sait, une issue tragique. Seulement, dès les premiers plans, la caméra de la jeune réalisatrice surprend et déconcerte : impossible de rattacher l’intrigue à un quelconque repère spatio-temporel. L’environnement dans lequel évolue les personnages semble fantomatique, flou, tandis que l’époque reste indéterminable : le spectateur est à présent enfermé dans une sorte de bulle, ou plutôt une cage. Il va être témoin d’une relation destructrice, à la conclusion inéluctable. Impossible non plus de classer le film dans un genre : à la fois drame social virant de plus en plus vers le thriller, Respire reste inclassable et complexe. Parsemé de trouvailles visuelles fulgurantes, le film impose un rythme particulier et un style de plus en plus singulier. Et là, sans crier gare, Mélanie Laurent nous offre l’un des plus beaux films de l’année. > bande-annonce

5. Interstellar de Christopher Nolan

                  Christopher Nolan est une référence, c’est indéniable. Il a redéfini le film indépendant avec Memento ou encore Le Prestige, et a aussi révolutionné la manière de concevoir un blockbuster avec Inception ou The Dark Knight. Mais après la déception The Dark Knight Rises, Nolan avait quelque peu perdu sa « flamme » et l’intelligence de sa réalisation. Autant dire qu’il était attendu au tournant. Interstellar, son dixième film, a le mérite de remettre les pendules à l’heure. En livrant le récit d’une odyssée, autant spatiale qu’humaine, le réalisateur rénove un genre et se réinvente lui-même. On assiste, yeux grand ouverts, à un film qui dépasse toute limite narrative et visuelle. Sensoriel et total, Interstellar est un voyage qui tutoie la science et qui touche ce que l’on a de plus profond. > bande-annonce

6. Sils Maria d’Olivier Assayas

              Touche à tout, Olivier Assayas est un réalisateur qui n’a plus rien à prouver. Autant habile avec la chronique familiale (L’heure d’été) qu’avec le thriller (Carlos), autant dire qu’il est, avec Sils Maria, au sommet de son art. Observant la relation ambigüe entre une actrice vieillissante (Juliette Binoche, magnifique) et son assistante (Kristen Stewart, méconnaissable), jeune et charismatique, le film est avant tout l’occasion d’une critique du milieu du cinéma, et ce, à travers le drame qui se joue au premier plan, entre deux femmes qui se cherchent et s’éloignent peu à peu. Atypique par sa mise en abyme ou encore par sa caméra, discrète, nous laissant presque en compagnie des personnages, Sils Maria est un film qui fascine, par sa polyphonie visuelle et son propos, toujours intelligent. A la fois essai et film d’amour, un chef-d’oeuvre troublant, porté par la grâce. > bande-annonce

7. Enemy de Denis Villeneuve

             « La raison est un glaive double et dangereux. » disait Montaigne. La raison ? Il serait inutile de la chercher dans le dernier film de Denis Villeneuve, Enemy. Après le magistral Prisoners (classé premier dans mon top 2013) qui redéfinissait le polar, et après Incendies, tragédie dépaysante, le réalisateur québécois nous livre ici un film hybride, voguant entre thriller psychologique et cauchemar fantastique. « Adam, simple professeur d’histoire, mène une vie terne avec sa petite amie. Un jour, il aperçoit son sosie parfait dans un film. » : voilà un pitch digne du plus efficace des films d’Hitchcock. Outre sa photographie jaunie et son acteur principal dément (Jake Gylenhaal), Enemy est un très grand film de mise en scène. Dans un Toronto pesant et troublant, on observe cet anti-héros se débattre avec un modèle envié, un imposteur, sa propre conscience. Le plus beau, c’est de ne pas y chercher la logique, mais le frisson de la perdition. > bande-annonce

8. Mommy de Xavier Dolan

            Quelle rareté de pouvoir avoir deux films d’un même réalisateur en une seule année. Après le plus indépendant Tom à la ferme, voici le très attendu Mommy. Renouant avec sa fougue et son extravagance visuelle, Xavier Dolan livre ici un drame bouleversant racontant le combat d’une mère pour son enfant instable, hyperactif et violent. Ce qui touche n’est pas le sujet, mais l’humanité qui emplit l’écran à chaque instant, et la sincérité du propos. Jouant avec le cadre comme avec l’espoir qui quitte et qui retrouve les personnages au fil du récit, Dolan signe un long-métrage à l’émotion bluffante et une ode aux femmes, parsemé de tableaux que l’on retiendra longtemps. > bande-annonce

9. Timbuktu d’Abderrahmane Sissako

                    Il est de ces films qui vous rappellent, de manière inattendue, un fait avéré : que le cinéma n’est pas seulement fait pour divertir. Et loin de là. Comme toute autre forme d’art, le cinéma existe pour informer, rendre compte d’un fait, ou encore, pour perpétuer la mémoire d’une époque ou d’un évènement. Dans ceux-là, ce ne serait pas exagéré que de citer Timbuktu. Racontant le destin de plusieurs habitants aux alentours de Tombouctou, village tombé sous le joug des extrémistes religieux, le film est plus qu’une critique, c’est une prise de position. Grâce à cette caméra, dénuée de tout jugement, se baladant dans les rues fantômes du village, Abderrahmane Sissako nous donne à assister à un drame moderne : l’incommunicabilité entre les hommes. Avec cette chronique politique, un grand morceau de cinéma, détenant des plans sublimes, soulignant un fléau contemporain, une tragédie plus que jamais actuelle. Solaire, émouvant, construit tel une pièce de théâtre, Timbuktu est plus qu’un beau film, c’est une oeuvre capital. > bande-annonce

10. Blue Ruin de Jeremy Saulnier

             Le cinéma indépendant américain a toujours plus d’un tour dans son sac. Surtout quand ce même cinéma s’attaque à un genre réputé difficile : le thriller. Jeremy Saulnier, jeune premier, geek élevé aux comics et aux séries B, a sorti pourtant l’un des meilleurs films noirs de l’année : Blue Ruin. Remarqué à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2013, le film vogua durant un an entre différentes maisons de distribution avant d’enfin, être projeté en Europe. Outre ce parcours atypique, le film n’est pas à prendre à la légère : dès les premiers plans, on devine que Saulnier a un style, une pâte et surtout, une histoire originale à raconter. Une histoire de vengeance personnelle, intime, dans un état perdu des Etats-Unis. Usant à la fois du comique de situation et d’une tension génialement dosée, Blue Ruin s’impose comme la révélation d’un auteur, et d’un acteur remarquable (Macon Blair). Un petit chef-d’oeuvre tout en détails, en gestes et en regards où l’atmosphère est pesante et la mise en scène, grande. > bande-annonce

Les 7 moments séries de l’année

Comme il est toujours difficile de faire un top séries car nouvelles saisons, nouvelles équipes etc, j’ai décidé de faire un résumé non pas des meilleures séries, mais de leurs meilleurs moments, ceux qui m’ont marqué et qui laisseront sans doute une trace dans l’univers télévisuel.

Sherlock, saison 3, épisode 2 :
Une saison ultra-attendue après le cliffhanger sur lequel nous laissait la précédente. Après un premier épisode posant les nouveaux enjeux, l’épisode 2, lui, semble sorti de nulle part, comme un épisode spécial, entre flashbacks et narration démente. Autant dire que cela n’a fait que classer cette série au rang des plus géniales de la décennie.

Le plan-séquence de True Detective, l’un des grands moments séries de l’année.

True Detective, saison 1, épisode 4 :
Sans doute la série la plus phénoménale de l’année et celle qui aura réellement changé la manière de regarder notre télévision, notamment lors de ce plan-séquence dément de plus de cinq minutes. Tout simplement une claque.

Broadchurch, saison 1, pilote :
Rares sont les productions qui commencent de manière aussi maîtrisée : un meurtre dans la petite ville de Broadchurch et c’est toute une mini-société qui se retrouve déréglée. Sublime de réalisme. > article complet

Plan final de la saison 4 de Game of Thrones.

Game of thrones, saison 4, épisode 10 :
Le final dantesque d’une série où le mot-clé reste le même : magistrale. Que ce soit par le traitement apporté à ses personnages, sa cinématographie qui ne fait qu’évoluer ou encore son ampleur, de plus en plus épique, l’adaptation du Trône de fer continue à s’installer comme un show culte. > article complet

The Leftovers, saison 1, épisode 8 :
HBO n’a pas fini d’impressionner avec ses créations de plus en plus complexes. Après True Detective, le petite dernière, The Leftovers est une série qui ne laisse pas indifférent, et l’épisode 8 est la preuve d’un scénario génial et d’une mise en scène remarquable. > article complet

La première partie de la saison 5 de The Walknig Dead n’aura fait que surprendre par son gain de maturité.

The Walking Dead, saison 5, épisode 8 :
Une première partie se terminant en grandes pompes pour nos survivants de la meilleure série apocalyptique du moment. Marquant pour la mort complètement inattendu de l’un de ses protagonistes, l’épisode 8 ne fait que souligner une saison plus mature, plus posée que les précédentes, et c’est remarquable.

The Fall, saison 2, épisode 6 :
Un chef-d’oeuvre trop méconnu achevant sa deuxième saison de la manière la plus intelligente qui soit. Rares sont les séries aussi complexes et pourtant, si minimalistes. > article complet

Les 3 albums de l’année

          Dû à mon manque d’assiduité à suivre les sorties musicales cette année, je ne peux vous livrer une chronique complète de mon année musique. Cependant, je voulais partager avec vous les quelques trois albums qui m’ont réellement marqué.

            Que ce soit la pop profonde et ultra-stylisée de (No Mythologies to Follow), les compositions toujours plus complexes d’Elbow (The Take Off & Landing of Everything), ou encore le minimalisme féroce de Royal Blood (Royal Blood), les sons de 2014 ont été de tous les horizons, plus éclectiques que jamais, et nous auront envoyé de nombreuses bonnes ondes.

Une image

           Cet article n’est pas appelé « images et sons » pour rien. Comme 2014 fut une année de flashs, de fulgurances et de chocs, autant la terminer par une image, une photographie, un instantané inutile, comme l’art en somme. Et c’est ça qui est beau.

National-Geographic-concours-photo-2014-plus-belle-13

Deux personnes en canoë sur les eaux turquoise du lac Louise (Concours National Geographic 2014)

Merci 2014.

Margot.

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