Ecrans, Séries

Séries TV : The Leftovers confirme l’année HBO

Il y a quelques mois, je vous parlais de ma passion pour Game of Thrones, une série déjà bien avancée qui venait de terminer en grandes pompes une quatrième saison ayant battu tous les records d’audiences et de téléchargements possibles. Pour toutes ses raisons et pleins d’autres (notamment l’arrêt de True Blood cette année), la série médiévale se place dorénavant comme l’étendard de la maison HBO. Mais à l’heure où les « habituées » deviennent de plus en plus cultes, d’autres séries de la chaîne câblée américaine font leur apparition cette année. Et loin d’être des petites nouvelles, égarées et maladroites, ces nouvelles créations ne font que confirmer qu’HBO est à ce jour, la plus ambitieuse créatrice de séries du globe télévisuel.
Exemple flagrant : tout sériephile qui se respecte a encore en tête l’OVNI du début d’année, la fameuse True Detective (dont le final aura fait planter le service à la demande de la chaîne, du une demande trop importante !). Il faut dire qu’entre celle-ci et la dernière saison de Game of Thrones, la chaîne avait de quoi se reposer sur ses lauriers, mais avec HBO, il n’en est rien. Toujours plus ou moins sortie de nulle part, déboule fin juin The Leftovers, dernière création folle du réseau. Sans doute moins populaire que ses grandes soeurs, la série n’en est que plus mystérieuse et passionnante. Terminée il y a moins de deux semaines, il était temps d’en parler.

C’est le genre de scène pré-générique que tout bon pilote de série se devrait d’avoir : une situation initiale trop banale, rapidement dérangée par l’élément perturbateur, inattendu et déjà, attisant une curiosité infinie. Banal ? C’était le rythme de la petite ville de Mapleton, dans l’état de New York, avant ce fameux 14 octobre, le jour du « Départ ». Imaginez seulement que 2% de la population mondiale disparaisse soudainement, sans raisons ni explications. C’est approximativement le peech de The Leftovers, adaptée par l’auteur-même du roman, Les disparus de Mapleton, Tom Perrotta, trop peu connu en France. Mais pourquoi « approximativement » ? Et bien parce que dès le deuxième épisode, on comprend que la série a une toute autre ambition scénaristique, bien plus intelligente qu’un simple récit fantastique (déjà plutôt accrocheur par ailleurs). Ce gage d’originalité est sans doute et ironiquement, la raison de la baisse du taux d’audience au fil des épisodes. Mais qui a dit que le taux d’audience d’une série en définissait la qualité ?

           Aux commandes, un showrunner de génie, exilé au cinéma depuis la fin de sa propre série : Damon Lindelof, co-créateur de Lost (rien que ça) et depuis, scénariste de Prometheus et Star Trek : Into Darkness, entre autres. A la réalisation, un « package » de tous les meilleurs réalisateurs du petit écran, venant entre autres, de Breaking Bad et de The Walking Dead, de X-Files et de Games of Thrones : que le monde est petit. Avec un pilote dirigé par Peter Berg (Le Royaume, Hancock), la série pouvait tout à fait partir vers la facilité : le show SF où histoires de coeur et action font bon ménage, mais non. Parmi ses nombreuses qualités, The Leftovers en possède une rare : un traitement et une structure originale, déroutante. Décrite comme « l’anti-Flashforward » ou encore, « l’anti-Under the Dome« , on découvre rapidement que le show se dirige plutôt vers les noeuds et l’ambiance d’une certaine Twin Peaks, une référence à la hauteur de ses ambitions.

           Avec une B.O signée Max Richter (Valse avec Bachir, Shutter Island…), la série se pare d’une ampleur cinématographique, et même plus, littéraire. Formée comme un roman fin et sinueux, l’intrigue nous entraîne au fur et à mesure dans un tourbillon tragique et magnifique, aux émotions insoupçonnées. S’attardant plus sur les conséquences politiques, sociales et philosophiques de la catastrophe, The Leftovers impose un rythme déconcertant et une mélancolie bouleversante, grâce notamment à son réalisme. Il serait ainsi indigne de ne pas mentionner les acteurs. En tête de file, Justin Theroux, quelque peu égaré depuis sa collaboration avec David Lynch (Mulholland Drive, Inland Empire), ici redécouvert en père de famille perdu et flic débordé. On remarquera aussi une Liv Tyler géniale de simplicité et de regards désespérés. Mais le meilleur reste sans doute les nombreuses révélations de la série : Amy Brennerman, Carrie Coon, Chris Zylka…

           Dotée d’une photographie superbe et d’une écriture fine, la série est l’apogée d’un style propre à la télévision créative et originale, celle que l’on peut réaliser en 2014, celle que prône HBO, en train de vivre un âge d’or inattendu. Avec une montée en puissance percutante et rare, la série s’offre deux derniers épisodes au-delà de de toute espérance, bien loin des conventions télévisuelles auxquelles une grande partie des téléspectateurs est habituée. Fascinante et marquante, The Leftovers ne demande aujourd’hui qu’à être plus découverte Avec une deuxième saison déjà en pré-production, on peut être surs d’en entendre beaucoup parler. Et il y a un mot pour cela : phénomène.

The Leftovers,
à la demande et bientôt rediffusée sur OCS
coffret DVD prévu en août 2015

Margot.

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