Ecrans, Films

Séance de retard : Under The Skin

Ahhh l’été, la saison de la plage, du soleil, des touristes, des verres en terrasses, mais surtout celle où les cinémas sont envahis de blockbusters et où dénicher des films d’auteur est un peu comme retrouver une aiguille dans une botte de foin. A l’heure où la saison arrive à sa fin, je pense qu’il serait grand temps de vous parler d’un des bijoux de l’année, sorti à quelques jours du solstice d’été, le 25 juin dernier. Il s’agit du très ambitieux Under The Skin de Jonathan Glazer. Retour sur cet objet fascinant.

           C’est une ouverture comme on en a rarement vues ces dernières années au cinéma. Certains citeront Terence Malick, d’autres, Stanley Kubrick. Personne n’aurait raison ni tord, car le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Under The Skin est bourré d’influences. Mais là où d’autres se seraient contentés de lister ces références sans pour autant créer, Jonathan Glazer lui, cite, analyse, questionne puis compose. Rares sont les auteurs aussi ambitieux de nos jours. Mais après cette ouverture métaphysique (où se suivent les différentes transformations d’une forme circulaire, de la silhouette d’une planète à la forme suggérée d’un foetus, jusqu’à finir en pupille humaine), que va bien pouvoir nous raconter cet étrange objet d’art moderne ? Et bien, ce qui serait le plus fidèle serait de dire qu’Under The Skin ne raconte rien en particulier, tant il raconte tout, à travers un seul et même personnage, celui d’une femme, jouée par Scarlett Johansson, arpentant les routes brumeuses d’Ecosse en prenant des hommes en stop à bord de sa camionnette. Tout va bien, jusqu’à ce que nous soit dévoilé le sort réservé à ces hommes, qu’il serait fatidique de dévoiler ici.

           Le mieux, pour rendre réellement hommage à Under The Skin, serait d’en parler le moins possible. Hélas, lorsqu’on parlé ciné sur un blog, il est quasiment impossible de passer à côté de ce film, mais restons-en à ce résumé-là. A travers cette errance mystique, de plus en plus sordide, le spectateur sera comme oppressé, sur le banc passager de ce véhicule, transportant une Scarlett Johansson, méconnaissable de profondeur et de tourments, jouant avec sa propre image de star, dans un film où l’apparence devient un abri, un moyen de survie, mais aussi un moyen de se questionner sur notre propre rapport à l’Humain, au sens social et physionomique du terme.

                 Analyse sociale sur les rapports homme-femme actuels, essai sur la frustration sexuelle, pamphlet féministe, délire freudien, ou tout simplement film de science-fiction : tout est visible dans Under The Skin, à l’instar des autres grands films de son époque. Elégant et perfectionné jusqu’au bout, dans le fond comme dans la forme, le film se pare d’un esthétisme symbolique, toujours utilisé avec intelligence, pour mieux faire ressentir l’ambiance du film, froide et clinique, puis de plus en plus « humaine ». Dans une atmosphère sombre et désespérée, la bande originale tient aussi pour beaucoup à la personnalité du film. Les violons stridents de la DJ londonienne Mica Levi (Micachu) traduisent la violence silencieuse et à la fois la détresse physique et psychologique d’une femme étrangère au monde, et à l’Homme.

           Pas besoin de tergiverser : Under The Skin est une oeuvre d’art. Une expérience unique, d’une incroyable humanité, que l’on déteste ardemment ou que l’on aime passionnément. Fascinant, passionnant et terriblement beau, le film est autant l’occasion de découvrir un nouveau pan du cinéma de science-fiction (et du cinéma tout court), que de (re)découvrir une actrice, qui se dévoile et met son image de star et de femme au service d’un film dévisageant, dérangeant. Bouleversant car avant tout un récit de doutes et de traumatismes, Under The Skin est une histoire de quêtes perdues, d’angoisses retrouvées, d’images à recomposer. Et aussi banal que cela puisse paraitre, rares sont les films aujourd’hui qui gardent leur mystère aussi entier.

Under The Skin de Jonathan Glazer
Encore en salles, en Blu-Ray/DVD le 29 octobre

Mes deux autres coups de coeur de l’été : Blue Ruin de Jeremy Saulnier (le 09/07) et Sils Maria d’Olivier Assayas (le 20/08).

Margot.

Par défaut

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s