Ecrans, Séries

Séries TV : Broadchurch, sacrés anglais !

       C’est un fait de plus en plus prouvé à l’heure où j’écris cet article : l’Angleterre est en phase de se placer en seconde plus grosse productrice de série, derrière son concurrent de toujours, les américains. Car, oui, après avoir longtemps étaient reniées, les séries anglaises n’ont jamais connu de meilleurs jours que depuis le début des années 2000, avec le relancement de la mythique Doctor Who, pillier des séries de la BBC. Car avec ce revival, la BBC aura surtout trouvé son petit génie, scénariste que le monde s’arrache : Steven Moffat. Toutes les séries qui nous ont épousstouflés ces dernières années, viennent de lui. Dernier bijou en date : l’incroyable Sherlock qui ne cessera sans doute jamais de nous impressionner. Mais justement, il y a une série qui ne fait pas partie de la famille BBC, car c’est la chaîne privée ITV qui l’a lancée au printemps dernier : Broadchurch est la pépite british du moment.

 
Broadchurch c’est une petite ville côtière du comté de Dorset. Un des taux de criminalité les plus bas du pays, du soleil, une plage, des habitants aux histoires qui ne dépassent pas le périmètre de leur jardin : Broadchurch est la plus typique des bourgades anglaises. Mais comme toujours dans les bons polars, l’ambiance communautaire sans histoires deviendra vite pesante, car comme dirait le Mal s’il pouvait vraiment parler : « Ca ne peut pas durer comme ça. ». Un pré-générique mystérieux parle déjà de lui-même : un enfant, de nuit, debout au bord d’une falaise qui surplombe la plage : cet enfant on découvrira bientôt que c’est Danny Latimer, retrouvé mort sur la fameuse plage, le lendemain matin. Ce meurtre au contexte flou, deviendra bien évidemment la source de différents conflits au sein d’une communauté chamboulée, tandis que l’enquête ne fera que commencer. L’enquête, elle, sera d’ailleurs attribuée à un des plus importants personnages de la série : Alec Hardy (joué par David Tennant, précédent Doctor Who, ici loin de la follie de la série de la BBC, surprenant de maturité et de dramaturgie, dans ce rôle aux nombreuses facettes), détective déprimé aux démons jamais bien loin, secondé par la lieutenante Ellie Miller (Olivia Colman, deuxième retrouvée de Doctor Who).

            Le décor est posé mais très vite, le spectateur viendra à distinguer la démarche originale et l’un des principaux points forts de la série. Il suffira simplement d’observer comment est mis en place le drame, lors des quelques premières scènes du pilote, avant que le meurtre ne soit exposé au spectateur : une famille se lève de bon matin, quelques remarques habituelles entre le couple, l’ado rebelle qui ne veut pas aller au lycée, le père qui parle de son travail routinier mais la mère, elle seule, qui remarque le petit déjeuner tout emballé encore, qu’elle avait laissé précieusement préparé pour son fils, habitué à se lever plus tôt pour aller distribuer le journal au voisinage. Ce petit-déjeuner deviendra le premier indice à un drame sous-jaçent, inévitable. Pas plus d’inquiétude. Aucune raison de ne pas aller à la journée sportive organisée par l’école du coin. Mais là encore, des discussions étranges, des questions qui bousculent le quotidien : un corps a été retrouvé sur la plage. Beth Latimer (géniale Jodie Wittaker) saute dans sa voiture et est déjà prise dans les embouteillages. Mais alors qu’il n’y a déjà plus d’échappatoire possible, la mère déjà endeuillée sort de sa voiture, traverse la côte en courant dans un ralenti sublime, jusqu’à la plage, balisée, investie par la police. C’est lors de cette séquence que l’on remarquera la manière unique dont Broadchurch décrit un quotidien bien rangé, désormais déchirée par l’injustice et un sort implacable.

            

Le pilote, bien plus qu’une simple exposition des différents personnages, sera aussi le moyen d’observer à quel point Broadchurch est une série de mise en scène, à la photographie soignée et à l’ambiance sophistiquée, comme lors de ce plan sublime où le père, la mère et la grande soeur, seront placés en triangle devant la porte de « la chambre du fils », balisée, interdite, insurmontable, où les êtres restent pétrifiés, fantômes dans leur propre habitat.

         Par cette mise en place intelligente, maîtrisée, Broadchurch arrivera bientôt à son premier rebondissement, concernant le suspect n°1, en la personne la moins plausible aux premiers abords : le père de la victime, Mark Lattimer (Andrew Buchan, révélation de la série). Ici, on devine aussi le potentiel scénaristique d’une série qui n’a rien à envier aux plus grands polars du grand écran. D’épisode en épisode, le spectateur sera transporté de piste en piste, au sein d’une communauté déchirée, à la lisière du sarcasme d’Une place à prendre, dernier roman de J.K Rowling, s’attardant sur une bourgade anglaise, et de la lenteur et l’atmosphère mystique développéé dans Top of The Lake, mini-série de Jane Campion qui avait aussi fait grand-bruit.

         

Alors qu’elle a emballée toute l’Angleterre il y a près d’un an, Broadchurch a déjà été rachetée par la Fox pour en faire un remake américain, renommée Gracepoint, prévu pour la fin d’année. Il est donc inutile de dire que la série est en phase de devenir un phénomène : c’en est déjà un. 

               Fascinante de bout en bout, Broadchurch nous ramène à bien plus qu’une bonne série policière, mais à la critique sociale d’une Angleterre trop fermée, rongée par les tabloïds et le manque d’intimité, où la place est laissée au renfermement, à la pranoïa, et non au deuil. Forte et, définitivement indispensable.

Broadchurch – créée par Chris Chibnall

Tous les lundis, 20h45, sur France 2.

Margot.

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