Critiques et reviews, Musique

« Aleph » – Gesaffelstein : Aux heures souterraines

                  Le monde de la musique électronique est aujourd’hui divisé en deux parties distinctes :  l’électro dite « mainstream » où le parterre de célébrités n’égale pas la qualité de sa musique (David Guetta, Bob Sinclar…), et quelque part dans les pays où on les attend le moins, arrivent à se dénicher des talents créatifs, avec, le plus souvent, déjà un nombre considérable de collaborations et de productions. C’est parfois de ces orfèvres sous acides que vient l’envie de revisiter complètement un style oublié ou dénigré. Et plus rarement, la magie opère. C’est bien le cas avec Gesaffelstein, aka Mike Lévy, 28 ans, lyonnais et transgresseur, représentant depuis maintenant plus de deux ans une techno revisitée, aux ambitions grandissantes, mélange entre délire musical complet et suites de notes mathématiques, contrôlées, où la violence sous-jacente du beat donne finalement la transe au public.

      Après quelques EP, il était temps que Gesaffelstein se décide à sortir son tout premier album, Aleph, histoire de mettre les pendules à l’heure.

Rythmique épileptique, fond silencieux jusqu’à l’arrivée surprenante d’une voix, dont le propriétaire restera mystérieux, là n’est pas la question. « Tonight… », ces paroles, dites et non pas chantées, annoncent une cérémonie, du moins un rituel. Dans Out of Line, Gesaffelstein pose son identité cinématique : comme pourrait le faire Brian De Palma avec son spectateur, ici le DJ prédit à son audience ce qui va arriver, du moins, seul lui le sait pour l’instant.

         Une fois passé le tube Pursuit, foudroyant de froideur, charismatique, et accompagné d’une part d’onirisme, c’est avec le suspense mécanique de l’ouverture que se dévoile un autre visage de la musique de Gesaffelstein, Nameless n’est pas un titre agressif ou décimé comme les précédents singles du compositeur, c’est une piste qui prend le temps de distiller un mystère jusqu’alors inestimé, comme pour mieux semer les poudres du doute envahissant l’auditeur, ne sachant plus où classer cette musique de plus en plus hybride. Avec Obssession, Mike Lévy renoue avec ses premières escapades fracassantes, sorte d’allée-retour dans un train fantôme infini. Cette part de surnaturel devra attendre, Hellifornia, avec sa sirène démente et ses basses en sourdines rappelle plus un morceau de rap des années 90’ que toute autre chose. Toujours sous contrôle, le morceau éponyme, aux milles significations (« Aleph » : nom de ville en Syrie, terme mathématique, origine de « alphabet », lettre en hébreu…), arrivera par l’élément le plus surprenant qui soit dans ce manoir hanté : une guitare, sans effets, naturelle, en arpège, donnant une dimension nouvelle à cette musique, imbibée de noirceur, pour y voir plus clair dans ces origines bien floues.

      Une fois passé le tube Pursuit, foudroyant de froideur, charismatique, et accompagné d’une part d’onirisme, c’est avec le suspense mécanique de l’ouverture que se dévoile un autre visage de la musique de Gesaffelstein, Nameless n’est pas un titre agressif ou décimé comme les précédents singles du compositeur, c’est une piste qui prend le temps de distiller un mystère jusqu’alors inestimé, comme pour mieux semer les poudres du doute envahissant l’auditeur, ne sachant plus où classer cette musique de plus en plus hybride. Avec Obssession, Mike Lévy renoue avec ses premières escapades fracassantes, sorte d’allée-retour dans un train fantôme infini. Cette part de surnaturel devra attendre, Hellifornia, avec sa sirène démente et ses basses en sourdines rappelle plus un morceau de rap des années 90’ que toute autre chose. Toujours sous contrôle, le morceau éponyme, aux milles significations (« Aleph » : nom de ville en Syrie, terme mathématique, origine de « alphabet », lettre en hébreu…), arrivera par l’élément le plus surprenant qui soit dans ce manoir hanté : une guitare, sans effets, naturelle, en arpège, donnant une dimension nouvelle à cette musique, imbibée de noirceur, pour y voir plus clair dans ces origines bien floues.

            Continuant sur cette lancée, Wall of Memories, sommet d’élégance de cet album, mettra les points sur les « i » : la musique de Gesaffelstein est l’incarnation parfaite de ce que l’on pourrait appeler « polar » en littérature ou en cinéma. Car oui, chaque composition du DJ a une structure bien définie, presque littéraire : une situation initiale plus tard dérangée par un élément perturbateur qui amènera à une tentative de résolution puis à la conclusion finale.

           C’est ce faciès de sa musique, une fois compris, qui fait toute l’originalité des œuvres de Gesaffelstein. Croyant l’avoir enfin cerné, l’auditeur ira de surprise en surprise avec le morceau suivant : Duel, trip sous acides, rappelant étrangement le tragique pathétique des films de Danny Boyle, ou encore de Darren Aronofsky. Loin d’être chaleureuse, cette électro aux origines diverses, pousse au détachement et à l’apesanteur, comme le démontrera Piece of Future, simple prélude au single Hate or Glory, déferlement de violence rythmique ? Musique de désirs noirs enfouis ? Pour sûr, la transe ultime de cet album. Clin d’œil pop aux films d’Haneke ou encore à Scarface, entre décadence et folie, le morceau ne serait pas entier sans son clip, percutant.

            Après ce fracas foudroyant, resteront trois morceaux, qui pourraient, d’un certain point de vue, n’en former qu’un seul tant leur complémentarité est palpable. Ainsi, Values comme une folie touchant à sa fin, laissera place à Trans au nom bien choisi, dernier pas sur un échiquier souterrain, urbain où le morceau final, ironique Perfection viendra laver la crasse savoureuse accumulée après une heure comme en suspens, que l’auditeur n’aura pas vu passer, en écoutant cet opéra sombre.

            Comme un arrêt dans le temps, Aleph s’impose une révélation de plus pour Gesaffelstein, dosant précisément ses créations pour mieux les faire déguster. Sur cet LP, il défie le format court et prend son temps pour créer une ambiance, une atmosphère, finalisée par une conclusion en climax musical, comme le serait la bande-son d’un crime parfait, surplombée de hantises et de références religieuses, mythologiques, à l’image de Woodkid, compagnon de route. Gesaffelstein prouve qu’il créée petit à petit un univers, profond et mystérieux, d’où résulte une électronique princière, donnant lieu à un des albums les plus surprenants de l’année.

 

·         « Aleph » – Gesaffelstein – sortie depuis le 28 octobre

·         Parlophone Music France/Warner Group

 

Margot.

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