Critiques et reviews, Musique

« Aventine » – Agnes Obel : Sensations automnales

            C’est en cette rentrée musicale plus « girl power » que jamais, que nous vient l’une des perles de l’automne, et peut-être même de l’année : le deuxième album de la danoise Agnes Obel. Aventine est plus qu’une surprise, c’est un enchantement inespéré.

         Développons : il y a deux ans, une belle blonde venue du froid, vivant à Berlin, sort Philharmonics, album modeste au succès inattendu. Inattendu car le premier essai d’Agnes Obel se trouvera être un parfait mélange entre arrangements classique et pop légère, soit un genre que les radios populaires n’affectionnent pas particulièrement. Motivée et acharnée, la jeune femme se lance, directement après sa tournée, dans l’écriture du second chapitre de sa carrière. C’est le 30 septembre dernier que nous avons pu découvrir le fruit d’un travail de véritable mélomane, entre ballades frileuses et clins d’œil aux autres chanteuses de sa génération, Agnes Obel montre avec Aventine, qu’elle a plus d’une corde à son arc.

            Comme si deux ans ne s’étaient même pas écoulés, Obel ouvre son album par un morceau instrumental, un tête-à-tête avec les touches d’un piano, exactement comme l’artiste l’avait déjà fait sur Philharmonics. Chord Left est une invitation à la rêverie et au voyage, comme une note laissée à notre attention disant « Ouvrez grand les yeux ». Fuel To Fire, tout en nuances, arrivera ensuite, plein d’assurances et de chaleurs, à côté d’une contrebasse se mariant à la perfection à une voix comme tombée du ciel, ne ressemblant à aucune autre.

Mais comme tout chef d’orchestre qui se respecte, Agnes Obel sait prendre son temps pour trouver la bonne note, la bonne mélodie. Comme par un désir de relâchement toujours contrôlé, vient Dorian, lettre d’amour nonchalante, entre calme et frayeur. Le titre éponyme de l’album, quant à lui, est un défilé de cordes en tout genre, graves, aigües, nostalgiques, jeunes, tout est encore là pour sublimer un style acoustique unique et rare.

            Mais là où Aventine pourrait continuer sans se poser de questions, de manière linéaire et tombant peu à peu dans la monotonie, Obel nous renvoi le clin d’œil en plaçant sans doutes un des morceaux les plus risqués de l’album : Run Cried The Crawling est un objet méticuleux, et plus surprenant, édulcoré. Quitte à se perdre dans des comparaisons fortuites, la ressemblance avec une certaine Lana Del Rey ne sera sûrement pas faite par hasard. Là où les graves d’une voix rappelleront le rêve américain déstructuré d’une icône sulfureuse, à des kilomètres de « l’ambiance Obel », le piano lui, ressortira ses plus belles parures dans Tokka, poème symphonique d’une minute trente, déballant le tapis rouge au tout premier extrait de l’opus, The Curse, hymne timide et écorché, où une harpe viendra souligner une mélancolie en suspens.

            Au fur et à mesure d’Aventine, ce que l’écouteur attentif comprendra, c’est qu’Agnes Obel aime les instruments, le bois, la texture, la profondeur que peut donner un accord mineur à un chant frissonnant. Cette idée de la musique, authentique, donne lieu à un album étrangement progressif, où la sensation d’un été de souvenirs fera place à un automne où les premières feuilles orangées tombent avec poésie. Chaque composition de la jeune femme rappelle une saison, un moment, c’est ici que repose sa véritable signature.

            Après Pass Them By, entraînante, et Words Are Dead, ellipse reposée, arrivera Fivefold, plainte instrumentale communiquée par des arpèges mineurs, questionnants et véritablement hantants. Comme couronnée par une nostalgie toujours présente, presque maladive, Smoke & Mirrors, morceau final, donnera une ampleur de plus à l’opéra Aventine. Juste un bout de passé au loin, semble dire Agnes Obel.

            Après l’hommage aux Oiseaux d’Hitchcock sur la pochette de Philharmonics, la musicienne danoise semble ne pas en avoir fini de sitôt avec cette envergure cinématique que contiennent ses compositions. Comme les saisons, éphémères, la musique d’Agnes Obel se savoure dans le moment, à l’instantané, et c’est, sans doute, une définition même de ce qu’est l’ « unique ».

 

·         « Aventine » – Agnes Obel – sortie depuis le 30 septembre

·         PIAS Recordings

Margot.

Par défaut

Une réflexion sur “« Aventine » – Agnes Obel : Sensations automnales

  1. Eliah dit :

    Agnes Obel est une très grande artiste. Ce second album nous le confirme: calme mais jamais ennuyeux, romantique avec une pointe de mélancolie…Magnifique!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s