Ecrans, Films

Sorties DVD : Stoker, magnétique magnificence

      Voilà un titre d’article qui, je le sais, en fera fuir plus d’un. Mais ce qui est intéressant avec cette combinaison de « m », de « g » et de « n », c’est que si le titre de l’article que vous êtes en train de lire ce serait trouvé inversé, il n’en aurait été que plus juste car « Magnifique magnétisme » aurait sied d’autant plus au film sujet à ce papier. Bref, assez parlé, tout ça pour vous dire que « l’effet miroir » est omniprésent dans Stoker, nouveau bijou de Park Chan-wook. Sorti le 1er mai dernier et désormais édité en DVD, le film, hélas pratiquement passé inaperçu en France, est pourtant fascinant, grand, magnétique, tout simplement l’un des chef-d’oeuvres de l’année. Autant dire qu’on a du pain sur la planche.

         La première chose intrigante chez Stoker, c’est que son histoire aurait très bien pu commencer par « Il était une fois… », car oui, le film est tout d’abord hors du temps. A première vue, Stoker semble prendre place durant le siècle dernier : robe démodée pour la fille, allure victorienne pour la mère et costard-cravate et pull marron sortis de la Guerre Froide pour le grand méchant loup. Cette maison aussi, vide dans son immensité, où seules quelques pièces maîtresses seront explorées : un salon pour le piano, une salle à manger pour les complots et une cave qui fait froid dans le dos. C’est dans sa démesure et son irréalisme complet que Stoker impressionne tout d’abord. Mais avant de nous dévoiler tous ses secrets, Stoker, de quoi ça parle ? Dans une petite ville de l’East Coast, l’oncle mystérieux d’une adolescente excentrique revient, après la mort du père de la famille dans un accident de voiture suspect. L’adolescente ressent très vite des sentiments de méfiance et d’attirance mêlés envers cet oncle, jusqu’alors inconnu.

         C’est bien cette ambiguïté déjà présente dans le synopsis qui place Stoker en œuvre unique en son genre. Plus le film avancera, plus l’intrigue se trouvera être ce que le spectateur n’attendait plus, une histoire bien plus grande que ce qu’y s’en laissait penser. Mais le film brasse surtout les thèmes comme l’adolescence, la perte de l’innocence, le désir et le Mal sous-jacent pour mieux mieux plaire à son réalisateur, hanté par ses questions depuis toujours. Park Chan-wook, réalisateur coréen habitué des festival, révélé en 2003 avec son Prix du Jury à Cannes pour Old Boy, apogée de violence malsaine pour traiter du désir de vengeance d’un père de famille trahi, réalise ici son premier essai loin de sa terre natale, aux Etats-Unis, pays du succès de son maître absolu, Alfred Hitchcock. Car bien plus qu’un simple exercice de style, clin d’oeil aux écrits de Bram Stoker, le film est aussi l’hommage ultime à Hitchcock dont Chan-wook rêvait. Mais au lieu de se glisser dans les scénarios de son idole, purement policiers, le réalisateur coréen lui, ressort son sujet de hantise, le plus fort de tout son cinéma : la vengeance. Au départ parti comme une intrigue familiale perverse, sur fond d’événements fantastiques, Stoker se révèle finalement drame familial foudroyant, enfoui, puis découvert dans cette infinie tristesse, inattendue, inestimable, durant ce dernier quart d’heure intense où toutes les pendules seront remises à l’heure.

          Mais si le fond semble déjà parfait, la forme l’est tout autant. Esthète au sens graphique unique, Park Chan-wook est aussi connu pour sa mise en scène, chorégraphié et « clipesque », que n’aurait pas renié De Palma ou oui, Hitchcock lui-même. Ralentis élégants et caméra-personnage s’unissent pour mieux démontrer la perversion magnétique portée par l’intrigue. Stoker est l’apogée d’un cinéma rare où le son est l’image ne font qu’un, comme cette scène où un vinyle poussiéreux jouant le « Summer Wine » de Franck Sinatra ne fera qu’accentuer une danse macabre de manipulations, ou encore une séquence où le piano deviendra jeu sexuel dérangeant. Les acteurs, eux, n’apporteront qu’un atout de plus au film, Mia Wasikowska en tête. Depuis le Alice Au Pays des Merveilles de Tim Burton, l’actrice australienne s’est déjà forgé une carrière à la hauteur de son talent. Elle est ici parfaite en ado dévergondée, comme « contaminée » par le Mal, avec pour mère une Nicole Kidman mémorable, grande dans son absence, pour mieux laisser place à la vraie révélation du film qu’est Matthew Goode, acteur britannique vu dans A Single Man et jusque-là inconnu, il est ici la combinaison parfaite entre un Norman Bates décomplexé et le Robert Mitchum de La nuit du Chasseur, autant attirant que fascinant dans ce rôle marquant d’« Oncle Charlie » du XXIème siècle.

        Avec un scénario implacable non pas écrit par son réalisateur, mais par le plus surprenant des scénaristes : Wentworth Miller, ex-star body-buildé de la série Prison Break, Stoker semble fourre-tout (clip, étude de l’adolescence, Haneke pop, hommage à Hitchcock, exercice de style…) mais autant qu’il déplaise, l’oeuvre est unique. Réflexion sur les origines du Mal et les origines tout court, le film, au titre finement choisi (clin d’oeil à l’auteur de Dracula et signifiant « alimenter » ou encore expression de chaleur en anglais) hante l’esprit comme l’aurait fait en leur temps, d’autres maîtres de ce cinéma de perversion, où n’est laissée aucune place pour l’innocence et, où, toujours présent, le Mal se fait autant charmeur que terrifiant, entre chiens et loups.

  • Stoker de Park Chan-wook – sorti depuis le 4 septembre

avec Mia Wasikowska, Nicole Kidman, Matthew Goode…

20th Century Fox DVD

Margot.

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