Critiques et reviews, Musique

« Loud Like Love » – Placebo : Purification

            Il y a déjà 17 ans, un mystérieux album arborant fièrement une pochette vêtue d’un petit garçon maltraitant ses paupières sur fond bleu étrange, fit rapidement fureur chez les disquaires. C’était le premier album éponyme de Placebo, un groupe qui allait marquer son époque. Après un changement rapide de batteur, le succès dans l’Hexagone se fit avec le deuxième opus Without You I’m Nothing, condensé des thèmes phares du groupe. D’ailleurs ce groupe, d’où vient-il ? S’il y a bien une chose qui reste difficile à déterminer lorsque l’on parle de Placebo, c’est sa nationalité : né à Bruxelles, le leader charismatique Brian Molko possède la double-nationalité américano-écossaise. Après une adolescence faite de discriminations et de mal-être au Luxembourg, il s’installe à Londres à 18 ans. Là, il rencontrera Steve Hewitt, batteur pour Placebo de 1997 à 2007, et surtout Stefan Olsdal, jeune suédois ayant fait ses cours à la même école luxembourgeoise que Molko. On se retiendra de parler de « destin », les garçons tenant à garder les pieds sur Terre. Avec ses origines hybrides, Placebo offrit près une décennie d’albums flamboyants, entre dépressions et drogues, méandres et débauches, avant que le temps de la maturité n’arrive avec Battle For The Sun, en 2009, 5 ans après l’album du succès américain, Sleeping With Ghosts.

Placebo, « in peace », version 2009.

            Dans cet album, effectivement bien nommé (littéralement « Bataille pour le soleil. »), le groupe met enfin en places ses bonnes résolutions : pas de drogues et aucune autre folie, excepté celles que peut offrir la musique. Au passage, Steve Hewitt quitte le groupe après quelques différends, et les deux piliers restants engagent Steve Forrest, jeune batteur fougueux à la technique rare, sûrement l’élément fondateur de cet album. L’âge d’or est enfin là : festivals complets aux quatre coins du monde et stades immenses remplis. Après deux ans infernaux sur les routes, Placebo prend une pause, quelque peu longue. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’arrive à nos oreilles le nouveau bébé du groupe, retour étonnant aux sources crasseuses du groupe, entre rock énervé et pop rancunières : Loud Like Love est bel et bien le 7ème album studio de Placebo.

          Riff de guitare incandescent, contre-temps bien placé : le morceau éponyme, ouverture légitime de cette nouvelle ère, est un énième appel à l’espoir et à l’émerveillement qui se fera par des « Breathe, Breathe, Breathe, Believe ! » (« Respire, Ais foie ! ») que certains pourront critiquer à leur guise, le « souffle Placebo » n’en restera pas moins inimitable.

Mais, comme avec un certain clin d’œil, la prochaine piste nous annonce que les choses sérieuses ne font que commencer : Scene of the Crime est la renaissance même d’un ton que Placebo avait oublié où la voix nauséeuse de Brian Molko fait toute la différence, encore une fois. Ensuite viendra le temps de Too Many Friends, grand single de cet album, où Placebo s’impose comme le groupe des années 90’ toujours dans l’ère du temps puisque les « I’ve got too many friends, too many people, that I’ll never meet and I’ll never be there for. » (« J’ai tellement d’amis, tellement de gens, que je ne rencontrerais jamais et pour lesquels je ne serais jamais là ») laisseront comme un goût amère une fois compris.

Critique cinglante des réseaux sociaux, Too Many Friends marque un parfait contraste avec le morceau suivant : Hold On To Me, ballade sans artifices où la guitare à effets se fera discrète accompagnatrice d’une souffrance malencontreusement enfouie, suivie d’un dialogue façon « slam » déjà expérimenté dans quelques B-sides méconnues du groupe, pour mieux laisser place au silence qui s’en suivra. Comme pour mieux briser la glace, arrivera Rob the Bank, sommet rock de l’album, dans la lignée parfaite du Kitty Litter de Battle For the Sun et du récent Providence du groupe Foals. A 40 ans, mais toujours sans brides, Brian Molko se fera un plaisir de scander durant les refrains un « Make love ! »  infiniment rock et pétillant. A Little Million Pieces viendra comme la cerise sur le gâteau, échappée pop glacée et désespérée, une des retrouvailles du groupe avec un style que l’on croyait enterré.

Là où Loud Like Love se démarquait jusque-là par sa totale absence de sons synthétiques, à tendance pop-électronique, dont Battle For The Sun regorgeait, Exit Wounds, elle, ne se gêne pas : pratiquement entièrement formée à partir d’un rythme de beat-box, la chanson semble au départ partir vers une mécanique facile, mais ça ne sera que pour mieux nous duper qu’ensuite, la mélodie s’envolera finalement par une guitare jamais autant présente, ultime honneur à un son dérivé de l’ère Depeche Mode. Le moment lyrique de l’album pourra continuer avec Purify, alias le Bright Lights de Battle For The Sun version dark. C’est d’ailleurs dans la lignée d’Exit Wounds que se rangera Begin The End, dont la conclusion foudroyante et surprenante amènera rapidement au chapitre final, Bosco au piano à l’écho urbain, résonnant finalement comme la conclusion la plus logique qui soit pour un album de l’envergure dont est doté ce fascinant Loud Like Love, car, après tout, le volume qui est « Aussi Fort que l’Amour », c’est bien celui des guitares stridentes, de l’électro serviteur d’une mélancolie assumée, du ton grave et mature qu’a désormais un groupe comme Placebo, sans doutes le plus surprenant de toute la Britpop existante, qui nous sort aujourd’hui son album le plus « fort », illuminé de pureté.

  • « Loud Like Love » de Placebo – sorti le 16 septembre.
  • Universal Records
Par défaut

Une réflexion sur “« Loud Like Love » – Placebo : Purification

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s