Musique

« If You Wait » – London Grammar : Psychose pop

Que que peut bien être qu’une « psychose pop » ? Pop comme populaire, accessible, mais aussi dû au terme musical, et « psychose » pour cette douleur chantée, ces paroles glacées et cette voix écorchée, la voix de Hannah Reid, londonienne à la crinière fougueuse qui rencontra ses deux acolytes, Dot Major et Dan Rothman sur les bancs de l’université, en 2009, par un lien Facebook. Ironique ? Du tout, car le trio ne traîne pas : après les petits bars, ils postent sur la toile en décembre dernier une maquette de Hey Now, morceau d’ouverture de leur premier opus : If You Wait. Avec cette voix déchirée et ces arrangements à la Radiohead, le groupe sort l’EP Metal & Dust le 25 février. If You Wait s’impose donc tout de suite comme l’album découverte de la rentrée, entre chaleur et mélancolie.

                 Après le morceaux du commencement, Hey Now, vient la guitare faussement joyeuse de Stay Awake où les paroles psychotiques et dépressives ne font qu’annoncer la couleur. « You know I just can’t let you be… » (« Tu sais que je ne peux pas te laisser exister… ») laissera place à Shyer, littéralement « Encore plus timide », et c’est le cas, dans cette piste à l’ambiance minimaliste, où le piano jazz est pilier, et la ligne de guitare, bel et bien timide, pour laisser place à un climax de voix rare. Plus l’album s’écoule, plus il semblerait que cela soit LA structure London Grammar. C’est ce que l’impressionnant single Wasting My Young Years vient nous confirmer. Toujours à la limite entre amour et haine, le morceau, fascinant dans sa structure, part en crescendo pop pour finalement se dévoiler récit nostalgique, aux allures fantastiques.

         Viendra ensuite la ballade Sights, questionnaire intime où la mélodie enchante comme elle souffre. « Wondered where your heart came from » (« Je me demandais d’où venais ton coeur ») ira en contraste avec Strong, troisième single du groupe, plus accessible, où Hannah Reid se fera un plaisir de dévoiler ses tons graves, poursuivant toujours plus la comparaison avec Florence Welch de Florence + The Machine. Plus énergique, énervée, la chanson sera tout aussi marquante que ses prédécesseurs.

          Après Nightcall, poème nocturne alarmant qui se trouvera être tout simplement la plus belle reprise de la chanson de Kavinsky, elle-même extraite de la BO du film Drive, nous trouverons Metal & Dust, métal et poussière, où tout et son contraire se rencontrent dans un final puissant. Nous aurons aussi droit à un Interlude en live, unique. Après le moins notable Flickers, viendra le titre éponyme, If You Wait où le son sous-jacent de violon supporte avec une classe absolue la voix pure et fragilisée d’une chanteuse en pleine possession de ses moyens, donnant allure à la patience et aux années à venir à travers un texte surprenant. L’appel à l’aide Help donnera suite à Darling Are You Gonna Leave Me où Hannah se demande « Chérie, vas-tu me laisser maintenant ? » en ajoutant « Want you if you can » (« Je le veux si tu peux »), des paroles tout autant mystérieuses que mystifiantes, entre rancune et abandon pop.

           Comme une bouffée d’air frais, arrivera à nos oreilles Help Me Lose My Mind, featuring avec les frères de Disclosure. Quel enchantement de voir se réunir les deux révélations anglaises de l’année ensemble sur un titre à l’allure délirante. Comme si ce duo avait redonné des couleurs à la mélancolie du groupe, le plutôt joyeux High Life s’imposera comme l’instant rythmé de cet album. L’ambiance posée de Maybe contrastera avec celle enlevée de When We Were Young, où la nostalgie attendue partira en virage original, à la limite d’une certaine touche de soul. C’est donc sur « Quand nous étions jeune… » que se termine If You Wait, pourtant, nous avons toutes les raisons de croire que London Grammar n’est pas si vieux que ça, même aucunement, car si le paysage musical anglais regorge de jeunes révélations, la « grammaire londonienne » elle, sonne d’ores et déjà unique en son genre, aux confins de la cité brumeuse mais à l’ambition bien plus grande. London Grammar est, en d’autres termes, un bijou de tristesse rare, dont le voyage ne fait que commencer.

« If You Wait » de London Grammar – sorti le 9 septembre.
Metal & Dust Recordings/Because Music

Margot.

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2 réflexions sur “« If You Wait » – London Grammar : Psychose pop

  1. Camille bio dit :

    Bonjour,
    Allez-vous pouvoir me renseigner … Mon ami et moi nous marions l’année prochaine. Nous aimons bcp London grammar … Sauf que les paroles me semblent toutes être « dépressives » … Mais j’aimerai bien en trouver une assez « positive » pour faire mon entrée dans l’église … Une idée en particulier qui ne choquerai pas au niveau des paroles mes amis australiens venus pour l’occasion? 😉
    Merci à vous
    Camille

    • gofeedyourdragons dit :

      Bien le bonjour Camille et d’abord, félicitations!
      Pour ce qui est des paroles de London Grammar, j’ai tout de suite pensé à « Flickers » pour votre situation. En gros, ce sont des paroles d’amour, non pas tristes mais très passionnées dans le sens où « une image de toi flotte toujours dans ma tête » voilà exactement. J’espère que cela vous conviendra. Et encore bravo à vous deux ! 😊

      Margot.

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