Ecrans, Films

Le film de Juillet : le Congrès

         

            C’est tout d’abord un film hybride, une sorte de mélange entre le meilleur du drame et l’animation des 80’s. C’est sans doute un récit fou que décide de nous raconter Ari Folman, ce réalisateur Israëlien qui avait fait pleurer toute la Croisette en 2008 avec Valse avec Bachir dénonçant les massacres de Sabra et Chatila avec cette même animation, enfantine pour démontrer le pire. Aujourd’hui, il réalise Le Congrès, sorti le 3 juillet, mais avant d’en parler, mieux vaut en comprendre l’idée : Quand une femme est une mère et une actrice célèbre, quand son fils est malade, que sa beauté se fane. Dans un monde qui peut la scanner et la garder jeune pour toujours,
quels sont ses choix ?
Robin Wright (qui joue Robin Wright), se voit proposer par la Miramount d’être scannée. Son alias pourra ainsi être librement exploité dans tous les films que la major compagnie hollywoodienne décidera de tourner, même les plus commerciaux, ceux qu’elle avait jusque-là refusés. Pendant 20 ans, elle doit disparaître et reviendra comme invitée d’honneur du Congrès Miramount-Nagasaki dans un monde transformé et aux apparences fantastiques…

   

          Mais Le Congrès c’est surtout le film d’une actrice : Robin Wright, ici tiraillée entre biographie et fiction. Car cette Robin Wright dont on parlera lors de la première demi-heure, c’est bien celle que l’on connait : Princess Bride, Forrest Gump, quelques uns de ses films les plus rentables. Oui mais voilà, depuis une quinzaine d’année, Robin ne fait que des mauvais choix. C’est pour cela que la nouvelle industrie faramineuse du « scan » vient à l’idée de ses producteurs de la Miramount (croisement fictif entre les géants Miramax et Paramount) et de son agent (H arvey Keitel, méconnaissable). « Keanu Reeves, Michelle Williams… ils l’on tous fait » : ce sont bien ces références à notre culture d’aujourd’hui qui font réfléchir car avant tout, Le Congrès est une œuvre dénonciatrice.

               Robin, au moment du film, vit dans une petite station près d’un aéroport, son fils est atteint de cécité, sa vision et son audition s’aggravent à vue d’oeil, c’est finalement cet élément qui va déclencher l’action et ensuite, la conclure. Car les décisions de Robin dans ce chemin initiatique seront toutes plus irrévocables les unes que les autres, toutes prises en position de mère, et non entant qu’actrice. C’est en cela que Le Congrès se révèle ultra-personnel et non simple fantaisie nostalgique. Après la fameuse scène du « scan », sans doutes la plus belle du film, où le droit du choix entre les rires et les pleurs est véritablement volé, violé, le temps de l’animation est arrivé en entrant dans la « zone animée », là où Miramount, après 20 ans, s’est agrandie. C’est ensuite un voyage, plus faux qu’il n’y paraît qui commence pour celle qui « a été » l’actrice. Dans une séquence d’ouverture bombardée de couleurs, voilà où veut en venir Ari Folman : à l’oppression. Car c’est bien ce que l’on ressent en même temps que Robin Wright, à ce moment précis.

         Le changement de genre et d’images, s’il se fait ici avec curiosité, se finira ensuite dans la plus grande tristesse, celle que l’on ne soupçonnait pas. Une tristesse infinie, marquée par la photographie autrefois colorée, laissant place à du gris urbain, décomposé, et par la composition de Max Richter, impressionnant dramaturge. Ce sera le troisième et dernier acte de l’oeuvre, où l’amertume et l’angoisse se feront plus présentes que jamais. Mais en y regardant de plus près, vers le visage grimé et dénué de tout maquillage de Robin Wright, on comprend le message : ne vous rabaissez pas à cela. Mais c’est dans un dernier élan d’animation que se clôturera la symphonie, au cœur de l’être et surtout, du rêve, du fictif. Et c’est là, que finalement, on pourra se dire qu’Ari Folman n’a pas bousculé le cœur de l’image, de l’actrice, du spectateur, de l’émotion pour notre plaisir ou pour la réflexion, mais bien au nom du cinéma.

  • Le Congrès, d’Ari Folman – sorti le 3 juillet

Avec Robin Wright, Harvey Keitel, John Ham…

Margot.

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