Ecrans, Films

Le film de Juin : Oh Boy !

En ce milieu d’année, l’équipe de Culturally Yours a décidé que désormais, en plus de ma review des films du mois, je publierai vers le 10 du mois suivant un article déterminant le meilleur film du mois passé. Dans cet article, il sera question d’étudier le « chef-d’oeuvre du mois » plus en profondeur afin de vous révéler tous ses charmes et bien évidemment, de vous donner envie d’aller courir le voir.

               Et c’est ainsi qu’en ce mois de juillet, j’ai décerné la palme du film de juin à un très gros coup de coeur accompagné d’une véritable surprise. Ce film est un OVNI, sorti le 5 juin, et il se titre Oh Boy !, premier essai du réalisateur allemand Jan Ole Gerster, au sens artistique pointu et surprenant, révélant au passage un acteur immense, Tom Schilling.

                        Sorti très tardivement en France, le film se présente comme « la nouvelle révélation du cinéma allemand », et c’est le cas de le dire : derrière les maîtres germaniques (Michael Haneke, Paul Verhoeven…), se cachent parfois des pépites, hélas, souvent peu exploitées en France. Mais lorsque notre cher pays en accepte, cela donne lieu à des petits miracles, la preuve avec Bullhead, ce choc venu de Flandre découvert l’année passée.

Notre Oh Boy !, perdu.

            Dans ce noir et blanc déprimé emprunté à la nouvelle-vague française, Oh Boy ! impose son ton particulier qui présentera notre personnage principal – lors d’une première scène de test psychologique jubilatoire -, fil rouge de ce récit sous forme de chemin initiatique quelque peu en retard : Nico, trentenaire berlinois, sans travail, ayant arrêté ses études il y a deux ans, erre dans les rues berlinoises, entre rencontres tragiques et comiques.

             Ce sont durant ces vingt-quatre heures que Oh Boy ! nous mène à travers pubs miséreux et théâtres, entre hôpitaux et terrains de golf, entre désillusions et espoir d’une vie qui pourrait recommencer. Pour les cinéphiles, cette forme de récit ne leur sera pas totalement étrangère puisqu’il y a pile un an, un film au ton un peu plus tragique, mais pas moins mélancolique, débarquait dans nos salles, cette fois venu de Norvège : Oslo, 31 Aout. C’est pour cela que ce « Berlin, 31 Aout » dépayse et fait inévitablement réfléchir. Mais c’est par cette tonalité si particulière que le film se détache des autres pour finalement toucher en plein cœur le spectateur : par cette incertitude constante entre rires et pleurs, Oh Boy ! se définit comme un exercice de style infiniment intelligent, où la ville devient un personnage à part-entière dont le noir et blanc sublime chaque lampadaire et enlaidit les bouches de métro où petits délinquants et rencontres inattendues se succèdent.

            Toujours entre culpabilité et originalité, la relève du cinéma allemand de ce début de siècle se lâche ici comme jamais, n’hésitant pas à faire parallèle entre passé douloureusement comique – notamment grâce à un personnage féminin haut en couleurs, joué par l’improbable Friederike Kempter – et flirt avec les plus grands démons du pays : en passant par un acteur vêtu d’un uniforme SS racontant le synopsis de son film où un soldat tombe amoureux d’une juive durant la Seconde Guerre Mondiale ou encore par un vieil homme se remémorant avec une adoration teintée d’amertume, les innombrables défilés Hitleriens et la folie meurtrière de la Nuit de Cristal, Oh Boy ! n’a pas peur de son Histoire et encore moins de s’aventurer là où nous, Européens, ne l’attendions pas. C’est donc entre histoire sentimentale douloureuse et passé trouble, que ces vingt-quatre heures berlinoises sonnent comme une évidence tant ce cinéma est beau et n’attend qu’à être plus découvert.

Margot.

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