Ecrans, Films

Juin 2013 : Review

          Nous arrivons en Juin : fin d’année scolaire, examens et débuts de chaleur font bon ménage lors de ces 30 jours qui annoncent aussi le début des blockbusters déboulés tout droit d’outre-Atlantique pour défier le box-office français durant tout l’été. C’est déjà sur ce thème-ci que cet review s’arrêtera principalement.

                    C’est pour cela que nous commençons avec After Earth, sorti le 5 juin, de M. Night Shyamalan avec, au casting, deux survivants d’un crash de vaisseau : Will Smith et son fils Jaden Smith, précédemment vus une première fois ensemble dans A La Recherche du Bonheur en 2006. Comme dit plus haut, après une expédition ayant mal tourné, et après s’être crashés sur Terre, planète désormais dangereuse et inhabitable, le père et le fils à la relation plutôt difficile, se retrouvent seul et pratiquement sans vivres.

             C’est ainsi que ce voyage initiatique commence à s’orchestrer : le père étant paralysé, le fils doit traverser la jungle pour aller chercher l’espoir, soit un message d’S.O.S trans-galactique. Alors, grand film sur les relations paternelles ou 1h40 de propagande à la Scientologie ? Disons tout de suite qu’After Earth est ambigu, autant dans son récit, passage de force et de savoir d’un personnage à un autre, joués par des stars idôlatrées dans notre propre monde, que dans sa narration 2.0 où le père commande le fils comme pourrait le faire un gamer sur son personnage de jeu-vidéo. Cet aspect-ci, quelque peu dérangeant, l’est encore plus lorsque l’on sait que le film est réalisé par M. Night Shyamalan, à la carrière folle et surtout en demi-teinte : en 1998, ce petit prodige réalisait Le Sixième Sens, on le surnomme déjà le « nouveau Spielberg ». Mais c’est en 2002 et après son premier grand film Incassable, que l’on se rend compte combien son cinéma a grandi vers une écriture d’auteur et non pas de showman avec Signes, où l’obsession de l’inconnu (toujours présente dans son cinéma) amènera ici le deuil, après deux heures de franche trouille. Ce cinéma unique, poétique et hanté, vivra encore avec des films comme Le Village. C’est hélas en 2006, que le « Shyamalan-bashing » commence avec Le Jeune Fille de l’Eau, conte naïf au charme simple. Mais en 2010, le suicide de tout un style se commet avec le premier blockbuster du réalisateur, Le Dernier Maître de l’Air, adapté d’un dessin-animé aux séquences de combats chorégraphiés et maladroites dont After Earth est rempli.

       C’est ainsi que pour tous les fans du Shyamalan du début des années 2000, After Earth est LE film du désespoir tant aucune patte artistique n’est présente dans la réalisation de ce blockbuster tout public. Comme si Shyamalan se perdait lui-même dans cette SF gluante, qui englobe tous ses sujets premiers (le deuil, la culpabilité, la peur…) pourtant bien présents ici, cherchant hélas, à se libérer d’avantage.

          Changement de ton avec The Iceman, sorti le même jour, premier essai de Ariel Vromen avec Michael Shannon (que l’on verra plus bas dans Man of Steel), Winona Ryder, Ray Liotta et les surprenants David Schwimmer, Chris Evans et James Franco. Le film retrace le parcours du tueur à gages Richard Kuklinski, qui tua plus de 100 personnes en 30 ans et qui fut connu pour son sang-froid et sa capacité à ne ressentir aucune pitié. Il faut dire que les films biographiques s’attardant sur le parcours d’un tueur en série, qu’il soit fictif (The Killer Inside Me) ou réel (Zodiac) n’a jamais été chose facile : souvent étiré sur des années, le récit, difficile à mener, n’est jamais à l’abri de quelques fautes de goûts ou raccourcis grossiers, la cause à des faits obligatoirement racontés de manière neutre.

            Finalement, on peut se dire que l’incapacité à réellement filmer la vie d’un tueur en séries relève de l’un des plus vieux démons du cinéma : comment filmer le Mal en évitant de le justifier ? C’est en cela que David Fincher avait mis la barre très haut avec son Zodiac en 2006, raconté du point de vue d’un journaliste fasciné par le tueur. Hélas, The Iceman n’échappe pas aux clichés justificatifs (flashback du héros en enfant maltraité, première scène en flashforward annonçant la fin de la cavale, etc.). Le film reste tout de même aguichant et plutôt terrifiant grâce à un scénario habile retraçant la vie de cet homme à la double-vie glaçante et à la détermination incompréhensible, porté par un Michael Shannon tout simplement impressionnant. Il serait peu probable que le film soit en lice pour la course aux Oscars d’ici février prochain mais une chose est sûre : un prix d’interprétation serait grandement mérité pour cet acteur, de plus en plus grand.

                      Nous passons à un autre auteur, ici bien placé dans son style premier qu’est la science-fiction : J.J Abrams qui continue sa saga Star Trek revisitée en 2009 avec ici un deuxième volet, Into Darkness qui sortait dans les salles le 12 juin dernier. Se basant toujours sur l’univers créé en 1960 par Gene Roddenberry, ce deuxième volet revisité de la série, sous des faux-airs de Star Wars n’a d’ailleurs rien à envier à celui-ci. Car oui, J.J Abrams et le véritable successeur de Spielberg et autres George Lucas. C’est en cela que son goût du spectacle est ici omniprésent : course-poursuites à vaisseaux, explosions intergalactiques… le tout dans un univers vertigineux. Mais cet aspect est hélas à double-tranchant : ce spectacle infini devient quelque peu lassant au fur et à mesure du film.

        Cependant, et contrairement à Iron Man 3 en avril dernier, Star Trek : Into Darkness s’attaque à un vrai sujet, d’aujourd’hui, comme s’il persistait deux siècles plus tard : le terrorisme. Ici porté à travers le point d’orgue du film, l’acteur britannique Benedict Cumberbatch (au charisme fou, découvert dans la série Sherlock). Le terrorisme prend donc les traits de John Harrison, un individu bien déterminé à réduire en cendres l’Enterprise. Comme tout grand méchant qui se respecte, les motivations de ce dernier se trouveront être bien plus profondes qu’elles n’y paraissent. Manipulateur, écorché et gourou à la fois, un Ben Laden 2.0 ? En tout cas, la force du personnage est sûrement ce que le film a de plus beau. Star Trek : Into Darkness est un titre presque ironique face à la lumière qui émane du film et à son observation du monde que l’on connaît, devenu la science-fiction la plus folle pour ce cinéma du spectacle, aujourd’hui extrêmement bien manié. Le film est à conseillé aux fans de celui-ci, et seulement ceux-là.

                       Le même jour sortait l’inévitable The Bling Ring, cinquième long-métrage de Sofia Coppola, « fille de » qui a su à travers quatre films déjà, imposer son style et trancher avec l’univers mythique de son papa doublement « palmé ». Son style d’ailleurs, parlons-en : lorsque le récit d’une bande de sœurs, mystérieusement belles et insouciantes, d’une banlieue de Los Angeles, cherchant à se suicider pour cause inconnue sortit en France en 2000, ce fut un choc tant l’intrigue ne trouva jamais de conclusion valable. « Ah mais c’est la fille du gars qui a fait Le Parrain et Apocalypse Now ?! », oui oui, c’est bien elle. Car Sofia Coppola après tout c’est cela : ne jamais faire comme les autres. Fascinée par les jeunesse vides et mélancoliques, elle revisitera bien à sa manière la jeunesse la plus rock’n’roll de l’Histoire de France avec Marie-Antoinette, ultra-décrié au festival de Cannes en 2006. Mais après un Lion d’Or mystérieusement gagné à la Mostra de Venise 2010 pour Somewhere (remis entre autres, par Quentin Tarantino, son ex-compagnon), son cinéma s’est affaibli est s’est suffit à montrer les débâcles d’une star ne savant que faire de sa Ferrari et de sa fille non plus. Récit autobiographique, Somewhere avait divisé les critiques de manière mémorable.

                   Il en est de même pour The Bling Ring, ici s’attardant sur un fait-divers qui fit trembler Hollywood : une bande de jeunes ados volent les stars en s’introduisant dans leurs villas de Los Angeles durant leurs absences. Un sujet en or pour Sofia Coppola car ici, elle constate d’une jeunesse à la dérive, cherchant à voler comme pour passer dans un télé-crochet. Drogues, mode, et décadence font bon ménage dans ce film complètement déjanté, oui, mais où l’on ne sait pas exactement où la réalisatrice veut aller. Car ce qui manque terriblement dans The Bling Ring, c’est une prise de position, un avis marqué, par rapport à ce fait-divers et à ces cinq jeunes, filmés dans la plus grande intimité.

                       Marc, le garçon du gang, résumera le film à lui tout seul, lorsqu’il dira à une journaliste à propos de la médiatisation de ses actes : « Ca montre bien cette fascination qu’a l’Amérique pour ce style de vie à la Bonnie & Clyde. ». En citant la pop culture ouvertement et en mélangeant vidéos internet de sites people, regardés en adoration, et paroles ridicules des membres de la bande pour se justifier, Sofia Coppola déroute mais laisse de marbre, comme ce dernier quart-d’heure, devenu soudainement dramatique après une heure et quelques de fête incessante, qui se clôturera de la manière la plus pop possible : un lien internet menant à un fan-blog d’une des filles du gang. Passionnant, mais trop tard, dommage.

          Nous arrivons à la sortie la plus attendue du mois et sans doutes même de l’année : Man Of Steel aka la « renaissance » de Superman, sortant le 19 juin, réalisé par Zack Snyder (connu pour 300) et produit par Christopher Nolan (réalisateur de la trilogie Dark Knight et d’Inception entre autres) avec au casting Henry Cavill (vu dans les Tudors) en heureux-élu finalement choisi pour incarner le rôle le plus prisé d’Hollywood depuis le monumental flop de Superman Returns en 2006 -où l’acteur avait d’ailleurs été recalé-. Nous retrouvons aussi Amy Adams (impressionnante dans The Master sorti en janvier dernier) en mythique Loïs Lane, Russell Crowe et Kevin Costner, respectivement en père biologique et père adoptif. C’est aussi une joie de retrouver Michael Shannon au casting, la révélation de Take Shelter et de The Iceman (voir plus haut), ici génial en méchant usurpateur Kryptonnien nommé Zod.

           Bref, que du beau monde, mais il faut dire que depuis des franchises de super-héros qui n’en finissent plus de plaire (The Dark Knight, Iron Man…), DC Comics se demandait bien que faire de leur super-héros au slip rouge, star il y a trente ans, aujourd’hui pratiquement ringardisé et plus vraiment au goût du jour. C’est ainsi que Man Of Steel faisait déjà beaucoup parler, il y a deux ans de cela, quand le projet a commencé à voir le jour. Véritable réussite sous forme de film de genre ou énième long-métrage body-buildé et raté ? Penchons-nous sur la première option car oui : Man Of Steel est décidément un grand film de super-héros, et même peut-être, un grand film tout court.

                 S’attardant toujours sur les mêmes dilemmes (le Bien et le Mal, les origines, le rôle d’un sur-homme dans la société…), Man Of Steel innove pourtant dès la première scène : nous sommes sur Krypton, terre originelle du héros, lors d’une ère de misère et de chaos ou aucune naissance naturelle n’a eu lieu depuis des années. Le père de Superman (joué par Russell Crowe, surprenant), grand scientifique, tente désespérément de faire entendre raison au gouvernement corrompu de Krypton, en vain. Plus qu’une seule option : envoyer son fils, premier-né naturel depuis des lustres, vers une planète sûre, la Terre. Option qui lui coûtera cher. C’est ainsi que nous sommes, nous spectateurs, propulsés dans ce Man Of Steel, film de super-héros « relifté », à l’écriture fine, aux moments tragiques réussis et au spectacle grandissant, où, et ce pour la première fois depuis longtemps, le cinéma ne s’attarde pas sur un héros-né, mais bien sur un « non-Superman » en somme, écorché, défaillant, et encore ignorant, paria de son Temps. Et ça, c’est très beau.

Films manqués :Moi, Moche et Méchant 2, La fille du 14 juillet, Blackbird, Joséphine.

PS : Vous aurez sûrement remarqué l’absence de mon article spécial sur Only God Forgives de Nicolas Winding Refn, prévu le mois dernier. Figurez-vous qu’après plusieurs mésaventures, je n’ai finalement pas pu le voir à temps. C’est pour cela que l’article arrivera donc pour sa sortie DVD (prévue pour Octobre). En attendant, je compenserai ce mois-ci par pas mal de nouveautés à venir dont un article spécial sur Cloud Atlas (sortant en DVD le 13 juillet prochain) et un article sur Oh Boy !, compris dans ma nouvelle formule « Le film du mois ». Explication à venir d’ici le 10 juillet.

Margot.

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