Musique

« The Weight Of Your Love » – Editors : Noire splendeur

                        C’était il y a huit ans, une pochette sombre, un titre mystérieux, et un nom de groupe révélateur : The Back Room, premier opus d’un quatuor de Birmingham nommé Editors sortait dans les bacs en juillet 2005. Les différents singles annonçaient déjà leur ton : nostalgique et post new-wave, voguant vers Joy Division et The Cure.

Editors en 2005.

             En 2007, les quatre garçons sortent An End Has A Start, titre faussement crépusculaire et album où le groupe trouvera toute son assurance et ce côté rock effréné qui tranchera avec des morceaux au fin fond du désespoir. Mais c’est en 2009 que Editors s’affirme comme une formation polyvalente et une des plus ambitieuses de sa génération avec le géométrique In This Light & On This Evening où les guitares partent en retrait pour laisser place à une électronique princière, entre synthétiseurs 80′ et beats sous acides cachant toujours une mélancolie noire et apocalyptique, portée par la voix inimitable de Tom Smith. A la fois Interpol et Depeche Mode le groupe dévoile son côté épique et infiniment élégant par une tournée qui fit grand bruit.

Editors en 2009, urbains et toujours plus sombres.

               Mais en 2011, les choses se corsent et un an plus tard, l’annonce tombe : le guitariste, Chris Urbanowicz, quitte le groupe pour cause de « différends musicaux ». Une annonce qui jettera un froid autant du côté des fans que de celui du groupe, en proie aux doutes. Toujours avec le soutien de Flood, leur producteur depuis 2008, les trois garçons restants cherchent une nouvelle formation, finalement, il recrute deux nouveaux membres : Justin Lockey et Elliott Williams, l’un, claviériste et l’autre, guitariste. Le groupe part à Nashville, aux Etats-Unis, loin de sa terre natale, dépaysé, et annonce le titre du quatrième opus ainsi qu’un single, après trois ans d’absence, le 6 mai 2013, en live à la BBC. L’album s’appellera The Weight Of Your Love et le single est titré A Ton Of Love. Grandes lignes de guitares à la U2 et chant à la REM déboulent dans ce single à l’énergie surprenante mais c’est seulement le 1er juillet que nous écoutons le dernier album du groupe, quatrième chapitre d’un parcours en forme de récit épique dont la couleur noire restera le fil conducteur.

                  Quatre lignes de chants christiques teintées de guitares saturée, basse langoureuse et voix rancunière entrent en scène : c’est The Weight, première phrase de cette histoire que va nous conter Editors, rappelant inévitablement le morceau d’An End Has A Start, The Weight of The World, récit mature et effréné rappelant l’immensité du monde. Ici, le son est grave, sous les ordres de cette voix brumeuse, entre amertume et tristesse infinie.

       C’est bien là que nous comprenons le sens du titre de cet album : The Weight of Your Love (« Le poids de ton amour »), léger ou lourd ? En tout cas pesant, comme l’exprimera la piste suivante, Sugar, bombe à retardement, commençant en force : tournures électroniques rappelant les teintures « sales » du précédent opus, laissent place à un amer « Don’t leave, I want you to realize when I’m gone » (« Ne pars pas, je veux que tu réalises quand je serai parti ») comme description d’une relation terminée, plus violente qu’affective, ironisant avec le titre (Sugar : sucre). Mais c’est avec un faisceau de lumière qu’entre le single A Ton Of Love, au son nouveau, fruit de cette nouvelle formation, libérée et pop, sonnant exactement comme le voulait le groupe : « Un album américain de bonne facture », car cette brume londonienne, illustration de leur musique crépusculaire, n’est ici présente que par fulgurance.

             

              Après les ballades calmées de What Is This Thing Called Love et Honesty, le chant espérant de Nothing mené par des violons dignes d’un véritable orchestre, donnant aux paroles de Tom Smith une envergure lyrique, nous trouverons Formaldehyde au rythme à la New Order et à la structure chimiquement étonnante. Plus tard, une ligne de guitare sauvage soutenue par un rythme de batterie rappelant le premier album du groupe, apparaîtrons : ce sera le titre Hyena, sommet de cet album de la régénérescence, marquant une nouvelle ère chez Editors. « Laugh with me hyena ! » (« Ris avec moi hyène »), personnification aux teintes amères cachant inlassablement une nostalgie hantant peu à peu les niveaux de l’album comme cette phrase,prononcée avec fougue « There’s history in a scar » (« Il y a de l’histoire dans une cicatrice »), car oui, c’est en cela que se définit la musique d’Editors.

                            Le voyage américain reviendra ensuite vers un conte pluvieux, intimiste, énervé et définitivement anglais avec Two Hearted Spider où le groupe enlacera à bras ouverts ses hantises de toujours. The Phone Book, à la tristesse estivale et aux arrangements hivernaux rappellera quant à lui les ballades faussement joyeuses d’An End Has A Start pour enfin finir sur le piano binaire de Bird of Prey, accompagnement sur une route de nuit ou encore conte nostalgique aux accents pop, il sera impossible de définir cette dernière chanson et encore moins cet album. Car si ici, Bird of Prey renvoi au précédent morceau de clôture de In This Light & On This Evening, The Fleet Road, ode à la jeunesse et au chemin qu’il reste à parcourir, l’album The Weight Of Your Love, lui, se distingue par cette petite étincelle enfouie dans chaque morceau, n’attendant qu’à être plus allumée mais croulant toujours derrière cette épaisse mélancolie et cette rancune splendide, comme rappel des origines du « son Editors », infatigablement animal et intimement épique, et c’est en cela que la noirceur est élégante.

Editors en 2013, nouvelle génération.

Margot.

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