Ecrans, Films

Mai 2013 : Review

        Le voici ce mois de Mai ! Mois des jours fériés, du muguets, mais surtout du Festival de Cannes ! Comme vous avez pu le voir, cette année le festival a été riche en émotions avec un jury mené habilement par un Steven Spielberg en pleine forme (voir article spécial déjà publié). C’est ainsi que la Palme d’Or de ce 66ème rendez-vous, clôt le dimanche 26 mai, est revenue à…..La Vie d’Adèle, Chapitre 1 et 2, film franco-tunisien du réalisateur déjà très controversé Abdellatif Kéchiche. Grand film d’amour libéré ou masturbation artistique écoulée sur trois heures ? A nous, public lambda, de nous faire notre propre avis le 9 octobre prochain, date de sortie du film.

         En attendant, et n’ayant pas pu voir tous les films présentés à Cannes, ce mois-ci il sera surtout questions des quelques films sortis dans toute la France au moment de leur projection sur la Croisette, mais aussi d’un film présenté l’année dernière en compétition, sorti très tardivement dans notre chère patrie.

         Ce film c’est Mud de Jeff Nichols, sorti le 1er mai et mettant en (très grande) vedette Matthew McConaughey. Deux jeunes adolescents du Mississippi, découvre un jour, sur une île isolé, un bateau échoué dans un arbre. Ils découvriront bientôt son propriétaire : Mud, vagabond superstitieux et aux histoires très intéressantes, mais l’un des deux garçons, dont les parents sont sur le point de divorcer, voit en ce personnage intriguant un échappatoire plutôt qu’un meurtrier, comme le prétendent la plupart des personnes l’ayant fréquenté. C’est donc ce récit initiatique que décide de nous conter Jeff Nichols, réalisateur américain prodige et étoile montante du cinéma indépendant, révélé en 2011 avec l’électrisant Take Shelter, ressuscitant les plus belles heures de metteurs en scène comme Terrence Malick ou encore Gus Van Sant. Mais Mud, hommage à la Nuit du Chasseur, sous des airs de voyage contemplatif au sein de la jeunesse américaine et du plus mythique des fleuves, n’est pas l’exercice de style auquel il prétend, et c’est bien dommage.

         Le toujours très grand Matthew McConaughey (Killer Joe) emmène le film de son charisme, ici au service d’un personnage ambigu, déstructuration du rêve américain, mais il faudrait un peu plus pour nous passionner. Car si le film emprunte les sillons d’un simple récit d’enfance, naïf et Spielbergien, c’est pour délaisser un côté métaphorique, dont était doté Take Shelter, ici laissé au bord de la route. Pas totalement dénué d’idées, Mud reste divertissant même si ce n’est pas tellement ce que l’on en attendait. Sous forme de chemin initiatique, le film est une petite déception, où l’incertitude intense et mystique véhiculée tout au long de Take Shelter est ici ramenée à une morale enfantine, close par un happy-end dont on se serait bien passé. Dommage.

          Le 8 mai déboulait Trance, 10ème film de Danny Boyle avec au casting, trois acteurs improbables : l’écossais James McAvoy, l’américaine Rosario Dawson et le français Vincent Cassel. Autant vous le dire tout de suite : personnellement parlant, le cinéma de Danny Boyle n’a jamais trouvé grand intérêt à mes yeux. Les junkies philosophes de Trainspotting ne m’ont pas plus marqués que cela et l’espoir bling-bling sortant des bidonvilles de Mumbaï dans Slumdog Millionaire m’avait vite agacée. Non, le clinquant du metteur en scène des derniers JO ne m’a jamais intéressé. C’est ainsi que je suis allée voir Trance, non pas pour son réalisateur, mais plutôt pour son idée de base : Simon est un commissaire-priseur londonien sans grandes ambitions. Lors d’une vente aux enchères, un braquage a lieu. Il est frappé à la tête par Franck (Vincent Cassel, surprenant), le leader des voleurs, et se réveille amnésique. Cependant, Franck, est bien décidé à retrouver le tableau dont seul Simon connaît l’emplacement. Ils font ainsi appel à une hypno-thérapeute, Elizabeth Lamb (Rosario Dawson, de plus en plus grande).

        Accrocheur n’est-ce pas ? Disons que le début du film a tout pour être intriguant : Simon (joué par James McAvoy, toujours parfait) s’adresse directement au spectateur pendant que la scène de braquage se déroule en direct sous nos yeux. Il prend son temps pour énumérer chaque conseil donné à un apprenti commissaire-priseur, dont la principale règle restera : « Aucune oeuvre d’art ne vaut une vie humaine. ». Une phrase que le spectateur prendra pour ironique au fur et à mesure que le film avancera. Dès cette première scène, Danny Boyle nous expose sa meilleure mise en scène : chorégraphiée et voyeuse, citant au passage De Palma et autres Soderbergh. C’est dans ce sens-là que Trance est réellement attractif. C’est en fait une pyramide de faux-tours et de pièges qui amènera rapidement l’idée de base vers un scénario beaucoup plus grand et définitivement manichéen.

         Toujours à la limite du too-much, la mise en scène « clipesque » et électrique de Boyle atteint ici son apogée dans un Londres à néons rouges et à entrepôts glauques. Après le récit de survie tout public 127 Heures il y a trois ans,  Boyle nous offre ici un thriller décadent, délire en fusion qui se moque de toutes limites filmiques, imprévisible et intelligent comme jamais. Trance est ce film que l’on n’attendait pas, électrisant, qui redonne fois en ce cinéma en ébullition.

               Enfin, arrive l’inévitable Gatsby Le Magnifique du réalisateur australien Baz Luhrmann qui retrouve dans le rôle-titre Leonardo DiCaprio, 17 ans après Roméo + Juliette. Il dirige aussi Tobey Maguire, Carey Mulligan et Joel Edgerton. Le film n’est pas sans lien avec le festival de Cannes puisqu’il en a fait l’Ouverture hors-compétition. C’est ainsi que nous pouvions découvrir cette production hollywoodienne dans toutes les salles du pays dès le 15 mai. Mais il serait bien hypocrite de réduire le film de Baz Luhrmann à un grosse production « bankable » tout droit sortie des studios d’Hollywood.

                 Commençant sous des faux-airs de biopic, Gatsby Le Magnifique a tout pour être un film déconcertant : toujours à la limite du too-much, Baz Luhrmann semble enfin prendre conscience combien son goût du kitsch et du spectacle est fragile dans une histoire où le drame est omniprésent. Des scènes spectaculaires ? Le film en est rempli, et ce pour notre plus grand plaisir de spectateur. Un spectaculaire décadent et chorégraphié, rappelant un certain Joe Wright (Reviens-Moi,Anna Karenine), à l’image du personnage de Gatsby, véritable aimant du film, fruit de la mystification de toute une époque, jamais autant désiré que dans la première demi-heure du film jusqu’à une arrivée en fanfare dévoilant l’admiration du réalisateur pour son acteur fétiche, et au passage celle du narrateur pour Gatsby. Mais l’histoire originale, celle du roman culte de Scott Fitzgerald, celle détenant toute la tristesse et la mélancolie du personnage, n’est ici seulement citée par fulgurance, hélas, le goût du show est bien entreprenant : ce qu’il manque horriblement à ce Gatsby Le Magnifique pour être un grand film, ce sont bien des moments intimes, à l’ombre de la fête incessante, des beats hip-pop remplaçant le jazz des années 20, de la folie torride de cet été déterminant pour chacun des protagonistes.

                    C’est bien sûr à travers des expressions du génie de Leonardo DiCaprio que se ressentent les émotions, mais aussi grâce à une BO audacieuse et exceptionnelle : de l’électro futuriste de Will.i.am ou Fergie, en passant par les chants écorchés de Lana Del Rey et Florence + The Machine pour la nostalgie du film en finissant par la guitare crépusculaire de The XX, point final de cet opéra de lumière et de folie où l’intime n’a aucune place, excepté lors de ce générique, hantant définitivement le spectateur, s’interrogeant sur la construction du fantasme pour mieux comprendre le mythe.

PS : Le Passé de Asghar Farhadi, sorti le 17 mai, n’a pas pu être visionné à temps pour cet article. Etant une des grands sorties du mois, je m’excuse d’avance auprès de mes lecteurs de ne pas avoir pu chroniquer ce film.

Films d’Avril rattrapés : Effets Secondaires de Steven Soderbergh, mise en scène classe et scénario implacable font de ce film un thriller redoutable.

To be continued : article spécial sur Only God Forgives de Nicolas Winding Refn.

Margot.

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