Ecrans, Films

Cannes 2013 : Palmarès, Palme et Politique

   Voilà, c’est fini : depuis dimanche dernier, nous savons quel film a succédé à Amour de Michael Haneke, l’année dernière, en gagnant la Palme d’Or tant convoitée. Et il s’agit de La Vie d’Adèle du franco-tunisien Abdellatif Kéchiche mettant en vedettes Léa Seydoux et la révélation Adèle Exarchopoulos. Le film raconte la liaison charnelle entre ces deux dernières, au seuil de l’âge adulte, à travers différentes étapes de leur vie, tout simplement.

La Vie d'Adèle : Affiche

             Déjà prédit comme l’un des films français les plus attendus de l’année, son annonce en sélection le 18 avril dernier en avait fait sourir certains. C’était sans compter sur les réactions sitôt partagées lors de sa projection à Cannes, le vendredi 24 mai : « Un choc ! Une claque ! Un chef-d’oeuvre ! » Bref, une Palme quoi. Et rien de mieux que de primer ce film libre le jour d’une énième « Manif’ Pour Tous ». Un sacre qui ne peut s’empêcher de faire le constat d’une France « coupée en deux » où l’une des libertés les plus fondamentales est encore questionnée.

La Vie d'Adèle : Photo Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux

                     En sacrant le réalisateur, mais aussi les deux actrices principales, le président Steven Spielberg a, au passage, inauguré une nouveau système dans l’histoire du festival, la Palme d’or étant d’habitude seulement réservée au réalisateur. Lors de la Conférence de presse du jury qui suivra la cérémonie de clôture, Spielberg et ses compères avoueront ne pas avoir pu séparer le travail des actrices de celui du réalisateur tant le film sonne comme une réelle communion, de l’Art et à la fois d’un message, ici porté avec fierté.

                Cette palme célèbre donc l’amour sous toutes ses formes, faisant grâce à Amour l’année dernière, déjouant tous pronostics. Une continuité et surtout, une ode à la jeunesse, que le réalisateur prônera dans son discours ci-dessous : « A la jeunesse de France […] et à la jeunesse Tunisienne. ».

       Le film sortira dans les salles le 9 octobre. Il nous reste donc un bon moment pour changer de mentalité.

  Attardons-nous maintenant sur le reste du palmarès :

Grand Prix : Inside Llewyn Davis de Joel et Ethan Coen

Prix de la mise en scène : Amat Escalante pour Héli

Prix du Jury : Tel Père, Tel Fils de Kore-Eda Hirokazu

Prix d’interprétation masculine : Bruce Dern pour Nebraska d’Alexander Payne

Prix d’interprétation féminine : Bérénice Béjo pour Le Passé

Prix du scénario : Jia Zhang Ke pour A Touch of Sin

Palme d’Or du meilleur court-métrage : SAFE, de Byoung-Gon MOON

Caméra d’Or : ILO ILO d’Anthony Chen

            C’est ainsi que le Grand Prix revient sans hésitation aux frères Cohen pour leur récit mélancolique Inside Llewyn Davis sur fond de folk et de chats roux, que nous retrouverons le 6 novembre en salles.

Sans grande surprise non plus, le Prix du Jury va au réalisateur chinois Kore-Eda Hirokazu pour Tel Père, Tel Fils, primant des thèmes familiaux chers à Spielberg.

         La vraie surprise se trouvera surtout dans les deux prix d’interprétations : Bruce Dern pour son interprétation hallucinée dans Nebraska et la française Bérénice Béjo en femme perdue pour Le Passé d’Asghar Farhadi que l’on peut d’ores et déjà retrouver en salles (voir ma critique du film dans ma Review de mai).

            Le provocant Héli du réalisateur mexicain Amat Escalante repart avec le Prix de la Mise en Scène tandis que le cinéma asiatique continue d’être à l’honneur avec les trois derniers prix.

                      Comme chaque année, il est inévitable de ne pas mentionner les « grands oubliés » du palmarès. Cette année on notera Nicolas Winding Refn reparti bredouille avec Only God Forgives (voir article spécial à venir), récit oedipien, suite noire à Drive, Prix de la Mise en Scène en 2011.

Roman Polanski, quant à lui, en aura tout de même marqué certain avec son revival dans La Vénus A La Fourrure, prévu pour la fin d’année. L’américain James Gray continue à porter son statut de « maudit de la Croisette » avec The Immigrant, carrément ignoré. François Ozon, qui en aura fait parler plus d’un lors de son séjour à Cannes, notamment grâce à des déclarations discutables, aura été boudé par le jury avec son film ouvrant le bal, Jeune & Jolie qui sortira le 28 août.

          C’est ainsi que se seront achevés onze jours de chocs et de déceptions filmiques, plus ou moins attendus, plus ou moins marquants, mais toujours autant sulfureux, en tout cas espérons-le. Car alors que la liberté amoureuse est reconnue dans le monde du Cinéma, il reste encore beaucoup à faire dehors. Mais attendez, le Cinéma n’est-il pas censé être au service de l‘Histoire ?

Margot.

PS : Pour voir les palmarès des autres sections du festival, c’est par ici.

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