Ecrans, Films

Mars 2013 : Review

         

     Commençons avec une sortie très attendue du 6 mars : A La Merveille (To The Wonder) de Terence Malick. Le « maître » en avait surpris plus d’un en annonçant son dernier film en compétition au Festival de Venise de septembre dernier. Reparti bredouille, A La Merveille, son 6ème film en 40 ans d’activités, fut monté avant même que le réalisateur ne reçoive sa fameuse Palme d’Or en 2011 pour The Tree Of Life. A la vue du dernier long-métrage, la comparaison entre les deux se fait inévitable : femme courant dans un champs de blé, homme mystérieux, le soleil comme seule horizon… Le style Malick semble désormais contemplatif au possible. Ce qui n’était pas pour nous déplaire dans The Tree Of Life : ayant pour base la perte d’un fils, de ce fait, Malick s’interrogeait sur la création de la Terre, son fonctionnement, tout ça baigné dans un contexte chrétien omniprésent. A travers les emportements d’un père trop autoritaire, il nous emmenait à la création des espèces, jusqu’au temps des dinosaures. Un pari qui divisa le public. A La Merveille semble, hélas, être la copie-conforme de son prédécesseur.

      Parlant ici d’Amour avec un grand « A », l’amour fou, l’amour doutant, l’amour religieux, l’amour bafoué, etc, Malick se perd dans un lyrisme « pour les Nuls », se répétant lourdement à force d’envolées lumineuses déjà-vues ou encore à cause d’un scénario vide et de personnages inexistants. Tournant de plus en plus en rond, les 1h et 49 minutes de film se feront longuement attendre. A force de croire son style unique et inimitable, Terence Malick s’auto-copie, se rend hommage… En tout cas il s’enferme dans l’indifférence la plus totale : là où The Tree Of Life questionnait de manière métaphysique et métaphorique, A La Merveille se contente de filmer la perte de foie, en Dieu et en l’Amour, livré comme un paquet-cadeau trop chargé. Le casting, assez inefficace, permet cependant à Olga Kurylenko (révélation ukrainienne de La Terre Outragée), de s’élever encore plus dans le cinéma mondiale. C’est elle qui illumine constamment l’écran, à côté d’un Ben Affleck inexpressif et d’une Rachel McAdams, hélas, trop absente.

Peut-être trop intelligent pour nous, Terence Malick livre un poème fade qui a le don de rendre son prédécesseur encore plus original.

         Parlons maintenant du Monde Fantastique d’Oz (Oz : The Great And Powerful), sortant le 13 mars, annoncé comme préquelle au film de 1939. Ce film marque le retour de Sam Raimi, réalisateur de la première trilogie Spider-Man mais aussi de films d’horreurs comme Evil Dead. Mais le bonhomme ne revient pas tout seul : « aidé » par une production Disney plutôt encombrante, il se devait de ne pas perdre sa patte et de réussir à implanter son style dans un grand film tous public : nous pouvons dire que c’est chose faite.

La première partie est, en soit, un hommage au cinéma d’antan mais aussi une première idée virtuose : Oz, médiocre magicien du Kansas, prépare un nouveau spectacle tandis que la caméra de Raimi s’empresse de nous montrer ce charlatan comme dragueur, dénué de morale et arnaqueur, tout ça dans un noir et blanc sublime (si si) cloîtré dans un cadre 4/3.

Ne nous gâchons pas le plaisir : le quatuor d’acteurs principaux est tout simplement savoureux, entre James Franco et son rictus irrésistible, Mila Kunis et son chapeau rougeoyant, Rachel Weisz, mesquine à souhait, et Michelle Williams en « gentille » sorcière, quelque peu sans intérêt, mais rayonnante, le film est paré pour 2 heures de grands acteurs et d’images impressionnantes. Mais si la magie de la première partie commence déjà à s’estomper quelque peu lors de la 2ème (où il faut sauver le monde de la méchante sorcière), c’est bien à cause d’un scénario, fade et revu. Comme si le passage à la couleur et au cadre habituel était un obstacle à l’originalité.

     Empruntant aux frères Grimm, aux films de la Hammer mais surtout à un certain Tim Burton, Sam Raimi a une autre contrainte qui lui colle aux baskets : la comparaison inévitable avec le Alice au Pays des Merveilles de ce dernier. Sans parler de la production Disney et de la musique de Danny Elfman (compositeur fétiche de Burton), l’univers et l’histoire sont évidemment deux éléments très proches : un être humain censé devoir sauver un monde étranger et fantastique, asservi depuis des années par une force maléfique, va se révéler un héros et un sauveur. De par une esthétique différente, Raimi s’efface de l’univers signé Burton, mais ne réussit jamais à faire de l’ombre à celui-ci.

Que ce soit par un trou de lapin ou par une montgolfière, l’invitation au rêve est bien là.

         Le même jour sortait aussi Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont, dont ce film est le premier long-métrage non-documentaire. Pourtant, ce dernier filme la partie de la vie de l’historique Camille Claudel, injustement enfermée dans un hôpital psychiatrique de la campagne d’Avignon par son amant artiste Rodin, en 1915, où elle finira sa vie, comme une interminable errance « immobile », mortuaire. Brute et sans artifices, la mise en scène se fait de plus en plus discrète pour laisser place à une leçon d’acteur orchestrée par l’immense Juliette Binoche, au visage creusé et dénué de tout maquillage, comme image de la solitude la plus profonde. Durant 1h30, le sentiment d’incertitude du spectateur sur le film se fait tout de même ressentir : tantôt admiratif devant tant de démonstrations ou tantôt agacé par un cinéma « du martyre », les comparaisons ne tardent pas à fuser. Passant des non-dits mystifiés de Michael Haneke aux accents hautains magnifiés du cinéma de Benoît Jacquot, Bruno Dumont se révèle un réalisateur du vide, de la solitude, ou encore de la désillusion, ressentie par une femme délaissée par tout ce qu’elle connaissait jusque-là : son art, son monde, sa famille, représentée par son frère, mystérieux personnage principal de la dernière demi-heure du film.

     Faisant suite au film de 1988, avec Isabelle Adjani dans le rôle principal, le film de 2013 se révèle dérangeant et insaisissable, de par sa neutralité et sa longueur, amenant le spectateur vers une expérience mystique, mémorable grâce à une Juliette Binoche totalement déconcertante.

      Enfin, pour rester dans la même ambiance, le 20 mars, La Religieuse sortait dans nos salles. Film français de Guillaume Nicloux et adaptation du roman dénonciateur de Diderot (la 2ème après la version de 1966), l’histoire est simple : au XVIIIè siècle, Suzanne, 16 ans, est contrainte par sa famille de prendre l’habit dans un couvant où elle sera confrontée à une hiérarchie ecclésiastique humiliante à laquelle elle ne pourra que dire « non » et chercher à retrouver sa liberté.

Véritable sculpteur de la lumière, Guillaume Nicloux se joue des limites d’un endroit aussi fermé qu’un couvant : de murs et de fenêtres vieilles comme le monde, la lumière du « monde de dehors » trouve toujours une issue ou une entrée. Il fera de même avec les costumes de sœurs : voilées de la tête aux pieds, ces serviteurs de Dieu ne font qu’apparaître leur visage, lieu où chaque expression est subtile et multipliée d’intensité.

En choisissant des actrices confirmées (Isabelle Huppert en mère trop aimante, Louise Bourgoin en supérieure sadique, Françoise LeBrun, oreille attentive), le réalisateur place la jeune actrice actrice principale en véritable révélation de ce film, froid et dur : Pauline Etienne, actrice belge, illumine l’écran durant 1h30. En jeune femme insoumise en recherche de reconnaissance, l’actrice éblouit et dérange tant le récit est réaliste et vécu de l’intérieur.

      Si elle est inévitablement oppressante, la mise en scène se fait de plus en plus rude, de plus en plus serrée, ce n’est que pour mieux savourer le souffle de liberté de quelques scènes percutantes. Mystifiée, l’intrigue quant à elle est plus personnelle qu’elle n’y paraît : en parlant de religion et de salut, Diderot a donné à son héroïne un but beaucoup plus universel : la recherche d’un père.
Dans quelques années, nous regarderons La Religieuse comme une dénonciation version XXIè siècle, une œuvre où l’espoir est omniprésent, portée par une actrice dorénavant dans la cour des grand(e)s.

To be continued : article spécial sur le grand choc de ce début d’année : Cloud Atlas, des Wachowski et de Tom Tywker, sorti le 13 mars dernier.

Films de ce mois-ci sûrement visionnés le mois prochain : The Place Beyond The Pines de Derek Cianfrance, Spring Breakers de Harmony Korine.

Margot.

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