Musique

« The Next Day » – David Bowie : Le jour d’après

           

            « The Next Day  (Le jour d’après)», un titre sonnant comme un véritable hymne pour le spectre qu’était devenu David Bowie depuis dix ans. Un spectre toujours « incasable », dans aucun style ni dans aucun genre : de par des personnages excentriques créés de toute pièce à partir des années 70′ (Ziggy Stardust, un éclair lui traversant le visage, The Thin White Duke, classe et sexy… entre autres), le chanteur s’était créé une identité qui n’en était pas une. Avouant lui-même se cacher derrière ses « amis imaginaires », il ne s’affranchira jamais vraiment de ses alter-égos, images d’un mal-être le rongeant de plus en plus tant il persistera à dire qu’il ne s’est « pas encore trouvé. ».

             Après avoir passé, durant quatre décennies, par toutes les expériences musicales, comme ses copains Lou Reed, Iggy Pop ou encore Robert Smith (The Cure), après avoir définitivement marqué l’Histoire de la musique et de la mode (!) de son empreinte particulière, il sortira finalement Reality en 2003. Une tournée aux quatre coins du globe suivra, mais l’homme sera frappé par la maladie et devra subir, en plein milieu de tournée, une opération chirurgicale importante.

                 Une année arrêtée brutalement pour l’icône, à qui tout semblait sourire, enfin. Certains n’hésitent déjà pas à l’annoncer fini, enterré, pratiquement mort. Mais le Bowie avait encore son mot à dire : à la surprise générale, en janvier dernier, il poste sur Internet le clip d’un titre inédit, Where Are We Now ?. Presque timide, nous retrouvons le chanteur, très peu exposé, dans ce clip prude, questionnant « Mais où sommes-nous maintenant ? », le chanteur semble vouloir se mettre à nu et se dévoiler désormais entièrement. La sortie de son album est annoncé : le 11 mars sera la « renaissance-Bowie ».

 

            Et nous voici (un peu plus tard je sais), The Next Day, 24ème album du maître, le premier depuis 10 ans, est enclenché, en même temps qu’un nouvel engouement pour cet artiste hors-normes.

           Un coup de caisse claire et le morceau éponyme démarre : « Here I am, not quite tired (Me voilà, pas tout à fait fatigué) », lance Bowie à qui veut l’entendre, autrement dit la Terre entière. Une phrase marquante tant elle est prononcée avec énergie et rythme, presque blues. Dirty Boys, saccadé et angoissant prend le relais tandis que le single au clip improbable (avec l’actrice Tilda Swinton) suivra, The Stars (Are Out Tonight) : guitare rock, voix effrénée, dissonante, Bowie est là, en recherche d’un nouveau salut, d’une nouvelle identité, comme l’indique la pochette de son album, cachant le single Heroes (l’un de ses plus grands tubes), titre barré au marker, un rectangle blanc, droit, géométrique, affichant un titre comme inscrit à jamais. « On verra bien demain » semble vouloir dire le chanteur, une carte d’identité pour laquelle il n’est pas sûr de vouloir la trouver plus que nous : un acteur n’est-il pas le plus heureux que lorsqu’il est perdu dans les entrailles des ses personnages ?

                 Une ligne d’orgue ouvre le morceau, une guitare assoiffée arrive, un chant plaignant et ressuscitant de plus en plus se pose : c’est Love Is Lost. Ténébreux, ce titre est le plus mystérieux de l’album, que l’on n’attend pas du tout. La dramaturgie grinçante continuera avec le single Where Are We Now?, mélancolique, comme lettre adressée à un public prenant un nouveau souffle.

          Valentine’s Day, tranquille et glamour, fera vite place à If You Can See Me au rythme dégénéré et aux paroles sans queues ni têtes. Autant surprenant que, quelques morceaux plus tard, rappelant ses deux précédents opus, How Does The Grass Grow ? viendra frôler nos oreilles : humoristique et dérangeant, ce morceau restera le plus osé tant Bowie ne se privera de rien, même pas des refrains résonnants aux timbres de quelques « Ya-ya-ya-ya, Ya-ya-Ya-Ya-YA ! » enivrants, portant une chanson plus délirante qu’autre chose.

             (You Will) Set The World On Fire, aux riffs de guitares penchants plus vers AC/DC que vers un côté lyrique, sera LE morceau rock de l’album, énervé et vif, mais jamais trop sûr de soi, comme le « You Will » du titre, mis entre parenthèses, comme si quelqu’un n’était pas persuadé d’être celui qui mettra « le monde en feu ». Un manque d’assurance de Bowie, plus touchant que gênant, comme un nouveau pas, pas tout à fait affirmé, sur le devant de la scène.

             You Feel So Lonely You Could Die, slow désespéré, posé, au chant presque écorché, précédera le morceau final : Heat (Chaleur), qui rappellera l’ambiance « suspendue » de l’album Heaten, pas seulement par le titre, mais par une montée en puissance qui ne restera qu’en fond pour laisser entendre quelques paroles, jusque-là en retrait, « And I tell myself, I don’t know who I am. My father ran the prison… (Et je dis à moi-même que je ne sais pas qui je suis. Mon père dirigeait la prison…) », une prison dont laquelle Bowie semble enfin s’extirper, en mettant sur la table ses quelques démons : l’identité et la filiation.

       « Aliénation » serait pourtant bien le mot pour un personnage tel que ce transgresseur londonien. Un personnage qu’il est en lui-même. Remontant à ses origines avec un recul incandescent, David Bowie s’est refait une beauté. Même si une tournée n’est toujours pas envisagée, le mythe est désormais confirmé, plus flamboyant que jamais.

Margot.

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