Ecrans, Films

Janvier et Février 2013 : Review (séance de retard)

Pour cette nouvelle année, une décision a été prise par l’équipe de Culturally Yours : chaque début de mois, je rédigerai une « review » (critique) de chaque film sortis le mois précédent et que j’ai visionné. Ils seront classés par ordre de sorties et tout cela sera regroupé en un seul et même article. Un concept plutôt simple qui permettra de tenir la rubrique « Cinéma » à jour. Ne voyant souvent pas les films au moment de leurs sorties, mes articles auront toujours quelques jours de retard en début de mois. J’essayerai, à chaque fois, de voir le plus de films possible afin de rendre ces articles alléchants et construits pour vous, chers lecteurs.

Pour le commencement de cette nouvelle formule, le mois de janvier et de février sont ici revus en un seul article. N’ayant vu qu’un seul film de février, il sera peut-être modifié au cours du mois de mars.

L’année commence donc sous les meilleurs auspices puisque trois immenses réalisateurs américains ont pu faire leur grand retour en janvier, à savoir : Quentin Tarantino, Steven Spielberg et Paul Thomas Anderson. Commençons par The Master de ce dernier, sorti le 9 janvier.

             Si le metteur en scène au nom très long vous est peut-être inconnu, c’est que Paul Thomas Anderson est sans doute un réalisateur particulier, prodige et cultivant un style loin d’être populaire. De la génération des Fincher et autres Tarantino, Anderson est un adoré des festivals : Ours d’or (2000) et Ours d’argent (2008) à Berlin, Prix de la mise en scène à Cannes (2002) et Lion d’argent au festival de Venise en septembre dernier pour The Master. Autant dire que les cinéphiles s’arrachent (ou pas) ces films, d’habitude hypnotiques et surtout sans-égal.

Ce dernier film est inévitablement un nouveau coup de maître du réalisateur à la filmographie si particulière. A la fois renaissance d’un acteur (Joaquin Phoenix, pratiquement enterré depuis 2009) et objet mystique, The Master est un film fascinant de bout en bout. Tout au long de ces deux heures (voire un peu plus), ce sont plusieurs plans qui vont marquer le spectateur, de manière indélébile: une course à perdre haleine dans un champs embrumé, un premier test psychiatrique insoutenable, une ballade à moto dont on ne revient pas, ou encore un homme en perdition à bord d’un bateau, filmé comme échoué dans les flots…
Paul Thomas Anderson a plus d’une corde à son arc : comme dans son précédent long-métrage, There Will Be Blood, avec comme contexte le pétrole où il filmait la folie meurtrière d’un homme d’affaire, ce sont ici les tâches d’encres dédoublées du célèbre test de Rorschach et les notes effrénées d’un morceau de jazz utilisé en fond sonore qui permettent au réalisateur de filmer d’une manière de plus en plus déformé, de plus en plus près les deux protagonistes du film, autant maître et sujet qu’amis intimes, dans une Amérique hantée par la guerre.

Avec ces deux acteurs que sont Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman (tous deux récompensés au festival de Venise 2012) qui envahissent l’écran et les sommets de mise en scène déployés, habitée et oppressante à la fois, le spectateur, quant à lui, ne peut qu’être bluffé, dérangé, en tout cas hanté par The Master.

             Le 16 janvier marquait le retour d’un des réalisateurs américains les plus populaires : Quentin Tarantino avec son Django Unchained. Après avoir épaté (encore une fois) la Croisette de Cannes en 2009 avec Inglourious Baterds où il réinventait l’Histoire, le metteur en scène palmé de Pulp Fiction ne s’arrête pas là et met l’Amérique face à sa sanglante période historique du XIXème siècle avec l’esclavage à travers les yeux de Django, esclave noir récemment affranchi et « coaché » par un ex-dentiste allemand, aujourd’hui tueur à gages très perspicace.

Si l’intrigue peut faire sourire par son côté presque burlesque, Tarantino lui, utilise ses déferlements de violence habituels pour mieux démontrer l’horreur de certaines situations courantes à cette époque. Mais alors que ses précédents films sont de grandes œuvres, ici le terrain est balisé, comme si Tarantino avait oublié la définition de son propre style: cette fameuse violence décomplexée, devenant grace, face à sa caméra, ici n’est que complaisance et ennui. Oui, l’« ennui » a décidément fait son entrée dans la filmographie de Tarantino. Jusque-là connu pour sa carrière sans fautes, ce Django Unchained déçoit.

Django tout en bleu, premier costume « libre » de l’esclave (Jamie Foxx)

                  Trop long d’au moins 30 minutes, le film reste tout de même marquant par ces deux seconds rôles grandioses : Christoph Waltz (BAFTA et Oscar du meilleur second rôle), passé de général nazi dans Inglourious Basterds à homme d’affaires à la linguistique parfaite et surtout Leonardo DiCaprio, immanquable dans ce premier rôle à contre-emploi, à la fois maniaque, sans vergogne et irrésistiblement sadique.
Toujours mené d’une narration parfaite, Django Unchained reste tout de même (et heureusement) dans la continuité du travail de Tarantino mais en étant une oeuvre mineure.

                    Sans transition, le prochain président du festival de Cannes, j’ai nommé Steven Spielberg, clôture ce retour des grands maîtres américains avec Lincoln, sorti le 30 janvier. Biopic sur le président des Etats-Unis, se concentrant surtout sur la fin du mandat, Spielberg débarque avec une tête d’affiche plus qu’immense : Daniel Day-Lewis, l’acteur britannique le plus impressionnant de ces 30 dernières années, incarne à l’écran le chef d’état. Récemment récompensé d’un Oscar (son troisième en tout !) pour ce rôle, sa prestation est évidemment sans précédent, à la fois intime et fragile. Mais par la voix parfois hésitante, parfois affirmée du personnage emblématique, Spielberg en tire un portrait plus touchant que réaliste, donc inévitablement ambigu.

                 Dernier volet de la trilogie « historique » du réalisateur, comptant La Couleur Pourpre et La Liste de Schindler, Lincoln est quelque peu moralisateur, mais toujours profond. Une chose est sûre : le film de Spielberg est long, très long. Deux heures trente qui sonnent comme une leçon d’Histoire quelque peu rabâchée, aux fulgurances cinématographiques intéressantes mais hélas trop rares.

Un grand hommage en tout cas, misant plus sur le dialogue politique que sur l’intime pour témoigner. Teinté d’une poésie surprenante, Lincoln est une épopée politique que l’on passe, presque intimidés, aux côtés du grand homme, voûté par le devoir.

               Le même jour, plus décontracté, David O. Russell, réalisateur de The Fighter en 2009, rendait, lui, hommage à la comédie dramatique indépendante à travers Happiness Therapy (en VO : Silver Linings Playbook). Souvenez-vous : à la surprise générale, le 26 février dernier fut la consécration pour Jennifer Lawrence, qui remporta l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle de veuve nymphomane cherchant à se repentir dans ce long-métrage, surprenant et drôle.

Traitant de la dépression avec une légèreté incandescente, Happines Therapy commence comme une comédie plutôt simple : Pat Solatano sort d’une cure de 8 ans dans un hôpital psychiatrique pour s’installer pendant quelques temps chez ses parents. Il s’est fixé un nouveau but : ne retenir que le positif de chaque situation et reconquérir sa femme, autrement dit la personne par qui lui est venue ses quelques troubles mentaux. Il tombe rapidement sur Tiffany, veuve et obsédée sexuelle.

Plus le film avance, plus le scénario se fait profond et touchant. Bradley Cooper, ex-pote de Very Bad Trip, n’a rien a envier à Jennifer Lawrence. Les deux acteurs s’assemblent et se complètent, comme leur personnages respectifs.

Mais qui oserait donc déranger la famille Solatano ?

          Au fin fond de leur folie, ces deux êtres vont d’abord s’entraider puis s’aimer. Si cette conclusion peut paraître clichée, le traitement quant à lui ne l’est pas grâce à des seconds rôles géniaux (Robert De Niro, Jacki Weaver…), une mise en scène tout sauf laissée au hasard et (surtout) des dialogues qui font mouche. David O. Russell tire ce qu’il peut y avoir de mieux dans la comédie contemporaine américaine, la touche de mélancolie en plus.

          Passons au seul et unique film de février vu pour l’instant : Passion de Brian De Palma, sorti le 13 (coïncidence ?). Ce fameux De Palma, réalisateur culte des 40 dernières années, côtoyant Spielberg, Martin Scorsese et David Cronenberg, connu par le public pour ses films de gangsters (Scarface, Les Incorruptibles…) a toujours sut faire parler de lui. Mais c’est lorsqu’il sort des longs-métrages tendance « post-Hitchcockienne » que De Palma est sans doute le plus fascinant. Véritable mania de la caméra, le metteur en scène est l’expert du split-screen, de la perversion, mais surtout de l’ambigu et du sensuel. Par des films comme Pulsions, Body Double ou encore Carrie au Bal du Diable, le réalisateur se jouait sans cesse des codes du film noir et horrifique tout en rendant hommage au maître absolu du suspense. Souvent encensé et décrié en même temps, De Palma se devait de faire un film moderne, utilisant toutes les technologies possibles, tout en restant kitsch et mystique.

(Faux-)Remake d’un film d’Alain Corneau, Passion, reparti bredouille de la Mostra de Venise en septembre dernier, est sans doute la relève du cinéma de maître, manipulateur et brut. Le pitch, aussi simple que tiré par les cheveux, n’est que le début d’une série de tromperies, menée par le réalisateur lui-même. Car si ce jeu de domination sensuel et dénué de sens (du moins au premier abord) entre ces deux « executive women » dans une multinationale basée à Berlin, est vu et revu, ce n’est que pour mieux amener le spectateur au fin fond d’un thriller froid et infiniment classe.

          De ces deux actrices de la nouvelle génération internationale, Noomi Rapace et Rachel McAdams (plus sexy que jamais), De Palma en tire deux femmes prêtes à tout pour arriver à leurs fins, inversant tout le temps les rôles : dominante-dominée, criminelle-victime…

Le film est un chef-d’oeuvre tant il est un leurre en lui-même : éclairages trop appuyés, jeu des acteurs à la limite du surjoué, le spectateur risque à se perdre dans un téléfilm allemand du mercredi après-midi, l’espace de quelques minutes. Mais il n’en est rien : quelques instants de somnolence plus tard, De Palma nous donne comme un coup de coude en nous envoyant quelques plans sulfureux, tous aussi marquants et impressionnants les uns que les autres (dont un split-screen, le plus grandiose qu’ait jamais fait le réalisateur). D’une maîtrise totale, De Palma se permet de dévisager les acteurs et le spectateur, tout au long de son film, véritable jeu d’échecs où chaque pion n’est jamais là où on l’attend.

             Qui porte véritablement le masque ? De perversion en perversion, le voyeur, est à la fois mal à l’aise et regardé, à son tour, par le maître qui nous renvoi le clin d’oeil, définition d’une industrie du film et d’une société sans limites, où tout n’est que rôles et leurres. Une caméra tâchée de sang, du pur cinéma.
               To be continued : critiques d’albums (David Bowie et Woodkid) ; en avril : Mars 2013, review.

Margot.

Par défaut

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s