Littérature

« La Nostalgie de l’Ange » : Le deuil, mode d’emploi

Je suis du style « Je vois le film et je lis le livre après ». Oui et j’assume. C’est en fait ce qui m’est arrivé avec beaucoup d’adaptations cinématographiques inspirés de romans (le film Reviens-Moi de Joe Wright pour le roman monumental « Expiation » de Ian McEwan, L’assassinat de Jesse James de Andrew Dominik inspiré du roman de Ron Hansen, ou encore les sagas comme Le Seigneur des Anneaux dont on n’a même plus besoin de citer le nom du créateur, adapté par Peter Jackson). En parlant de Peter Jackson, 6 ans après le Retour du Roi et 4 ans après son puissant remake de King Kong, il adapta ce roman:  La Nostalgie de l’Ange (titre français) sous le nom The Lovely Bones (littéralement « Les os charmants »). Ça ne vous dit peut être rien, pourtant l’histoire est accrocheuse (c’est peu de le dire) : Susie Salmon (« Saumon » en français) vit en Pennsylvannie, aux Etats-Unis. Elle a des parents aimants, un frère et une sœur qu’elle adore, des amis, un amoureux. Oui mais voilà : à 14 ans, le 6 décembre 1973, elle est violée et assassinée par son voisin, Mr. Harvey.

Couverture du roman chez J’ai Lu, réédité en 2009, l’original date de 2002.

En y réfléchissant, la vraie question que pose le livre est : comment peut-on tirer la plus brillante lumière, la plus belle chose, d’un événement aussi abominable et violent ?
Ecrit par Alice Sebold, le roman est tout d’abord une vraie thérapie pour l’auteure qui a elle-même était violée durant son enfance. L’intelligence du récit est dans la narration ; au fil des pages, nous sommes guidés par Susie elle-même qui nous décrit tout: son meurtre comme son arrivée à « l’Entre-Deux », le choc de sa famille, sa haine, ses découvertes et surtout sa nostalgie.

Entre les scènes fantastiques, si près de son Paradis idéaliste où l’on se laisse facilement emporter, se cache une vraie tristesse, une amertume venant de la narratrice de 14 ans qui n’a pas eu le temps de dire au revoir à tous ses êtres chères, qui n’a ni le pouvoir de dénoncer son propre meurtrier ni d’aider le lieutenant Fenermann dans son enquête.
Comment accepter la Mort ? Bien sûr, c’est une grande question à laquelle nous ne pouvons pas tout à fait répondre. M’attendant à un côté plutôt moralisateur, il n’en est rien. Evidemment, le récit ne peut  resté neutre car il est narré par la victime, mais chaque scène est décrite avec tant de justesse et de sensibilité que l’on peut en oublier les quelques fautes de goûts. Ce qui m’a vraiment plu, c’est l’ambiance apportée par la période où se passe l’histoire : l’hiver, nous sommes dans les années 70s, au Nord Est des Etats-Unis, Susie nous montre son quartier : une banlieue bien américaine. Quelques maisons plus loin habite son petit copain, Ray Singh, avec qui elle n’aura pas vraiment le temps de conclure, et surtout, il y a la « maison verte », la maison où habite son meurtrier, discret mais étrange. Tout le monde le craint et personne ne veut en parler. Plus tard, beaucoup de proches et d’éléments de l’enquête accuseront Mr. Harvey de ce meurtre et de bien d’autres, mais jamais de preuves. Susie ressentira d’abord l’innocence, la tristesse, le désir de vengeance et de justice, puis viendra lentement la cicatrisation et l’acceptation, pour elle comme pour ses proches.
Le vrai talent d’Alice Sebold est d’arriver à décrire des scènes de meurtres atroces comme des scènes de paix et de calme toujours avec la même nostalgie qui commence peu à peu à contaminer le lecteur.

Logo du film de Peter Jackson sorti en 2009. La phrase résume à peu près tout…

Au premier abord « tire larmes », rien n’est pourtant laissé au hasard. Les premiers chapitres où Susie nous raconte ce qu’elle aurait pu faire à cette heure-là, ce jour-là, cette année-là si elle n’avait pas été dans ce champs de maïs au mauvais moment, sont bouleversants. On pourrait aussi voir l’histoire comme un rite initiatique vers l’âge adulte plutôt qu’un drame. Le deuil et l’acceptation ne font-ils pas partis de la maturité ?
Vers le milieu du livre, on aura droit à un bond dans le temps de 8 ans. Sa petite sœur sera sur le point de se marier, ses parents se seront réconciliés, son meurtrier sera parti, mais son ombre restera toujours là, toujours.
Et c’est par ce biais que Susie part en s’adressant au lecteur avec la phrase la plus simple au monde : « Je vous souhaite à tous une longue vie de bonheur. », qui résonne bien après avoir refermé le livre.

Bref, tout et rien se cache derrière ce roman incroyablement juste et tendre. Sublime.

4,5/5.

Margot.

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